Le “Syndrome d’Aliénation Parentale” (SAP), enfin remis en cause par la justice ?

Depuis des années, nous dénonçons, avec d’autres, le “Syndrome d’Aliénation Parentale” (SAP). C’est l’un des concepts phares de la “cause des pères” et des idéologues du masculinisme. Sans aucun fondement scientifique, cette pseudo-théorie est notamment convoquée dans des conflits autour du droit de garde de l’enfant, après une séparation. Le SAP consisterait dans le fait qu’un des deux parents (“habituellement la mère”…) conditionne l’enfant à haïr l’autre. Ainsi manipulé l’enfant produirait de “fausses allégations” (contre son père) ou inventerait de “faux souvenir” (notamment de violences sexuelles). C’est Richard Gardner qui a inventé ce concept au moment où lui-même était accusé de violences. Se présentant comme pédo-psychiatre sans jamais avoir obtenu les diplômes requis, celui-ci a monnayé ses conseils pour remettre en cause la parole de l’enfant dans plusieurs cas de violences sexuelles avérées.

Alors que la plupart des violences perpétrées par les hommes sont passées sous silence car, dans bien des cas, les victimes n’osent pas parler, les masculinistes ont trouvé là un outil magique pour discréditer a priori la parole des femmes et des enfants. Concrètement le SAP permet de protéger les agresseurs. Malgré le caractère totalement non fondé et profondément choquant d’un tel concept, celui-ci est mobilisé dans les tribunaux français, et utilisé dans les médias et même dans certains ouvrages à prétention scientifique. Or, il semblerait que les choses changent. Le Ministère des Familles de l’Enfance et des Droits des femmes vient de publier une fiche visant à proscrire l’utilisation du SAP.

Il était temps. Nous ne pouvons que nous réjouir d’une telle avancée. Il s’agit cependant de ne pas crier victoire trop vite. Attendons de voir si cette proscription est vraiment mise en oeuvre dans le cadres des expertises judiciaires et restons vigilant.e.s partout ailleurs car le concept s’est déjà malheureusement largement répandu.

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Hommes battus et idées fausses

Remis au gout du jour par la parution du livre Ma compagne, mon bourreau (2015), le thème des “hommes battus” fait partie des marottes des masculinistes.

Notre intention n’est pas de nier l’existence d’hommes victimes de violence au sein de couples hétérosexuels. Mais bien de lutter contre l’instrumentalisation de la souffrance de quelques hommes à des fins sexistes et antiféministes. Pour approfondir la réflexion, nous reproduisons ici un texte du Collectif antimasculiniste de Paris. Publié sur le site LMSI cet article nous aide à déconstruire la rhétorique de victimisation des hommes et de l’inversion des rapports de domination

DOMINATRIXLE MYTHE DES HOMMES BATTUS. Déconstruction d’une rhétorique masculiniste
juillet 2016

Entre la sortie du livre de Maxime Gaget en février, Ma compagne mon bourreau, et le procès de Jacqueline Sauvage en décembre [1], la ritournelle de l’année 2015 aurait pu être « hommes battus, femmes violentes [2] ». Les avancées matérielles et idéologiques des masculinistes [3] sont réelles sur ce terrain. Il s’agit pour eux de contester les ressources institutionnelles et économiques conquises par les luttes féministes ; mais aussi de renverser les analyses féministes du système patriarcal en présentant les hommes [4] comme victimes d’un phénomène selon eux massif et tabou : les violences conjugales exercées par les femmes [5]. Continue reading

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“Sois père et tais-toi” : les hommes ne seront-ils jamais responsables ?

Image sois père!“Sois père et tais-toi !” est un film documentaire de Lorène Debaisieux, réalisé en 2014 et diffusé le 13 janvier 2015 sur France 5. Il a été vu par plus de 800 000 téléspectateur.ices à sa première diffusion (soit 3% d’audience). Ce film traite de ce que certain.e.s nomment les “paternités imposées”, un sujet polémique auquel le personnage central du film, l’avocate Mary Plard, a consacré un livre en 2013. Nous proposons ici une analyse critique de ce film auquel le magazine Causette1 s’est associé. Nous souhaitons montrer en quoi ce documentaire s’inscrit pleinement dans l’offensive masculiniste en cours.

Les éternelles ficelles émotives

Dès les premières minutes du documentaire, ce sont les émotions qui sont mises en avant. Après avoir écouté “par hasard” l’histoire d’un homme qui s’estime victime de “paternité imposée” qui la “bouleverse”, la réalisatrice nous dit qu’elle a décidé de faire un film pour “écouter sans juger ces hommes en colère”. Comme le documentaire “Des hommes en vrai”2, qui compile des portraits d’hommes qui se disent en souffrance ou se présentent comme victimes des femmes, on veut nous faire croire que seules les émotions guident les choix de réalisation et que le sujet est choisi quasiment par hasard. Pourtant, Lorène Debaisieux est une habituée de ce type de sujet, auquel elle a déjà consacré trois documentaires3. Dans “Sois père et tais-toi !”, comme de coutume dans la rhétorique masculiniste, l’usage du ressort émotionnel n’a pas d’autre objectif que d’empêcher la réflexion. Continue reading

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Le coming out masculiniste de Pièces et main d’oeuvre (PMO)…

…De la critique de la technologie à la réaffirmation de l’ordre patriarcal

Depuis plusieurs années, nous tâchons de comprendre, pour mieux la combattre, l’une des formes de l’anti-féminisme qui se développe en France : le « masculinisme ». Nous dénonçons la montée des groupes qui défendent les intérêts des hommes et dont l’idéologie se structure autour d’un fantasme qu’on peut résumer ainsi :

  • le féminisme est allé trop loin, la société s’est « féminisée » et les femmes ont pris le pouvoir.
  • la masculinité est en « crise » et les « vrais » hommes sont devenus des perdants. Symboliquement castrés, ils ont perdu leurs repères identitaires et leur place dans la société.

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Les masculinistes ne se contentent pas de nier l’existence du patriarcat, en tant que système social de domination, au prétexte que l’égalité entre les hommes et les femmes serait “déjà là”. Leur imaginaire débordant va plus loin, produisant une fiction : la société « matriarcale » comme envers symétrique de la société patriarcale ; une société dans laquelle les femmes et les valeurs dites féminines asservissent les hommes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette vision du monde n’est pas seulement défendue par quelques machos militants. Dans le contexte réactionnaire actuel, elle se répand en transcendant les traditionnels clivages « droite » / « gauche ». Et en ce moment, le masculinisme « de gauche » se porte bien. Inutile donc d’aller se perdre sur les forums des « pères perchés », ni même de se fader les 540 pages du dernier best-seller de Zemmour. On trouve à gauche de la gauche, plus précisément dans certains milieux libertaires, anti-industriels et écologistes radicaux, le pire de ce que l’idéologie masculiniste peut produire. Dernièrement, un exemple nous a touché.e.s près. Les « individus politiques » grenoblois de Pièces et main d’oeuvre [1] (qu’on abrègera ici en “PMO”) ont publié un texte au contenu antiféministe, homophobe et transphobe qui n’est pas passé inaperçu dans les milieux militants. Intitulé « Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus queer », ce texte méprisant est une violente charge contre des personnes et des groupes (femmes, lesbiennes, gays, trans, intersexes…). Mal dissimulée derrière une critique en apparence sophistiquée du Queer [2], ce pamphlet n’est en réalité rien d’autre qu’une attaque des fondements de la pensée féministe contemporaine qui a mis en évidence le fait que la naturalisation des « différences » entre femmes et hommes sert à justifier la domination de ces derniers. Si l’anti-féminisme de PMO n’était pour beaucoup qu’un secret de polichinelle, ce texte marque une étape de plus dans sa dérive réactionnaire. Malheureusement, toucher le fond n’aide pas toujours à remonter à la surface. Continue reading

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Retour sur une action anti-masculiniste à Lausanne

Dans une tribune publiée le 14 octobre 2014 sur le site Web du quotidien Le Courrier de Genève, le collectif féministe «Les Pires et associé-e-s» relate une action menée à Lausanne contre le masculinisme. Nous reproduisons ici cette tribune qui n’a pas manqué de faire réagir les militants masculinistes :

“Une idéologie hostile à l’émancipation des femmes”

Dans le cadre de la «formation en psycho-sexologie appliquée» donnée par Yvon Dallaire et Iv Psalti, à Lausanne, les 9 et 10 octobre 2014, notre collectif militant féministe a interrompu la séance, pour signifier son désaccord avec l’idéologie masculiniste des formateurs, en scandant des slogans et distribuant un tract, dont une partie du contenu est reproduit ci-dessous.

Masculinistes, hoministes, no pasaran! Le contenu de cette formation, qui se présente comme «une thérapie de la troisième vague» fait partie de l’offensive masculiniste. «Le masculinisme est une expression actuelle de la misogynie et de l’antiféminisme»1. Cette idéologie, appelée aussi «hominisme», est hostile à l’émancipation réelle des femmes et œuvre à la conservation des privilèges des hommes et à leurs positions de pouvoir au sein de la société.

Les courants masculinistes et hoministes se profilent sur la défense des «droits» des pères et autour de la constitution des réseaux d’hommes (groupes de paroles, groupes de soutien, associations «d’hommes battus» sous-entendu par les femmes, etc.). La création de tous ces groupes, accompagnée du discours sur les «droits» des pères ainsi que sur «le tabou des hommes battus» ne servent qu’à renforcer leur domination.

Quatre hommes, entre autres, ont un rôle important dans la diffusion de cette pensée en Suisse: Yvon Dallaire, John Goetelen, Guy Corneau et Hubert Van Gijseghem. Yvon Dallaire renforce la violence masculine en présentant les hommes comme le nouveau «sexe faible», niant ainsi les rapports de pouvoir et les inégalités structurelles de genre qui existent et se renforcent. Il ramène l’ensemble des violences découlant du patriarcat à des «conflits» interindividuels de couple et complémentaires.

Il semble urgent de rappeler que: la violence «conjugale» n’est pas «une maladie d’amour» (contrairement à ce que propose la formation!), la violence «conjugale» n’est pas symétrique, la violence «conjugale» est masculine, la violence s’exerce dans un système de domination, le patriarcat.

Pour nier ces oppressions, la formation proposée par Yvon Dallaire (comme d’autres) s’appuie sur une idéologie naturaliste – renforcée aujourd’hui par la médiatisation de certaines études neuroscientifiques – qui prétend qu’il existe des natures féminine et masculine bien distinctes, dépendantes des chromosomes, des hormones et autres complexes prétendument neuro-bio-psycho-schismogenésique. L’utilisation du discours sur les différentes «natures» et leur complémentarité, centrale pour Dallaire, pérennise le système hétéro-sexiste. Il rend également symétriques les violences au sein du couple, ce qui permet d’évacuer la question de la prévalence des violences masculines.

Cette forme d’antiféminisme est déjà bien présente dans les institutions et dans certaines associations en Suisse romande. Par exemple le Foyer Le Pertuis à Genève, sous l’impulsion de David Bourgoz, délégué aux violences domestiques dans la même ville, accueille simultanément des agresseurs et des femmes victimes de violence afin de «rompre le cycle des violences interpersonnelles» et parce qu’il y a de «l’humanité et de la souffrance chez tous [sic]»2.

L’association Pharos, créée par Serge Guignot, thérapeute du couple et de la famille, également coresponsable avec la directrice de Solidarité Femmes Genève, du module «Violences domestiques» à la Haute école de travail social, et chargé d’enseignement dans la même institution, vient en soutien aux hommes victimes de violences conjugales. A ce propos, il estime que «l’Homme en est actuellement où en était la Femme il y a trente ans» et que «les violences conjugales sont souvent physiques et psychologiques, mais elles peuvent aussi être sexuelles, en forçant un rapport ou en l’empêchant»3.

L’association Jason (merci la mythologie), groupe d’entraide pour hommes victimes de violences à Lausanne, veut lever «le tabou entourant les souffrances de certains hommes» avec le soutien de bénévolat Vaud (dont le contributeur essentiel est le canton). Cette association affiche clairement son adhésion au discours masculiniste et se garde bien de relever que les hommes violentés le sont essentiellement par d’autres hommes.

Quant à John Goetelen, qui fait partie du même «Réseau hommes» qu’Yvon Dallaire, il intervient régulièrement dans la Tribune de Genève pour exposer ses propos haineux envers les femmes.

Les théories d’Yvon Dallaire et sa «formation en Psycho-Sexologie Appliquée» ne sont pas des faits isolés. Ceci montre clairement qu’il existe aujourd’hui un retour de bâton contre les femmes qui se situe plus largement dans l’air du temps réactionnaire (néolibéral, antisocial, raciste, etc.)4.

Nous combattons cette offensive et continuons la lutte contre le patriarcat.

NO PASARAN !!!

  • 1. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, Lyon: Bambule, 2013, p. 16.
  • 2. Martine Miquel, Sybille Gallandat Crevoiserat, «Entre violences subies et violences agies» in: Revue Reiso, 10 juillet 2014.
  • 3. Shayma Gabr, «Violences conjugales: les hommes peuvent aussi être victimes», Tribune de Genève, 27 août 2010, nous soulignons.
  • 4. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, op. cit. p. 17.

“Les Pires et associé.e.s”

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Vers la résidence alternée obligatoire : le tour de passe-passe des masculinistes

À l’heure où le terme “masculinisme” vient de faire son entrée dans le dictionnaire (le Petit Robert dans sa dernière édition*), force est de constater que les masculinistes ont le vent en poupe. Avec l’imposition de la résidence alternée pour les couples avec enfant en cas de séparation, ils viennent en effet de remporter une victoire sur le front principal de leur lutte pour la défense des intérêts des hommes : la “cause des pères”.

La résidence alternée, d’une loi à l’autre

Évacuée in extremis de la loi sur l’égalité hommes-femmes, le principe de la résidence alternée obligatoire est revenu par la petite porte dans la proposition de loi sur la famille (loi n°1856 relative à “l’autorité parentale et de l’intérêt de l’enfant”). L’intense lobbying des associations de pères en sa faveur a donc bien porté ses fruits.

À croire que la stratégie victimaire et les jérémiades des “pères perchés”, adeptes des coups médiatiques, martelant depuis des mois des slogans on ne peut plus consensuels sur “l’égalité parentale” et le “droit des enfants à leur deux parents”, ont réussi à anesthésier l’esprit critique du plus grand nombre. Continue reading

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Rassemblement anti-masculiniste à Paris, 8 juin 2014

MASCULINISTES, HORS DE NOS VIES !

Rassemblement dimanche 8 juin, à 10 h., Place de la Madeleine à Paris

Un an après les actions médiatisées de pères perchés dans des grues et autres édifices (Nantes, Grenoble, le Sacré Coeur à Paris, le Capitole à Toulouse…), le lobby des pères séparés n’a pas chômé pour faire pencher la loi en faveur des intérêts matériels des hommes. Après un premier échec en 2013, ils reviennent à la charge avec une nouvelle proposition de loi qui vise à rendre systématique la résidence alternée en cas de séparation d’un couple.

Dimanche 8 juin, comme l’année passée, les masculinistes pro-droits des pères se rassemble à Opéra pour faire encore parler d’eux à travers les médias, et continuer de nous faire croire qu’ils sont lésés par la Justice qui serait « sexistes » contre les hommes. Mais que veulent-ils vraiment ? Continue reading

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Serge Charnay: de la grue à la prison, parcours d’un masculiniste enragé… parmi d’autres

On se souvient de l’action spectaculaire de la grue jaune. C’était il y a plus d’un an, à Nantes. Accompagné de Nicolas Moreno, Serge Charnay escaladait la célèbre grue Titan pour attirer l’attention sur la “cause des pères” à quelques jours d’une manifestation dont il était l’un des initiateurs. Une grue jaune, une inscription “Benoit, 2 ans, sans papa”, et un ciel bleu en fond : de beaux symboles, de belles images, un bon timing. Le temps d’un week-end interminable, tous les projecteurs étaient braqués sur la grue. Charnay réussissait formidablement son “coup de com'”, offrant une tribune idéale à ces pères qui se plaignent de la “justice sexiste” (à l’encontre des hommes) qui “assassinent nos familles et nos enfants”. Rien que ça !

Un an plus tard, Serge Charnay n’est plus sur une grue mais il fait à nouveau parler de lui. Il vient d’écoper, une nouvelle fois, d’une peine de prison pour avoir enlevé son fils. Cela devrait-il nous étonner ? Pas vraiment. Comme beaucoup de ces “pères perchés” qui, depuis plus d’un an, se sont illustrés dans différentes villes de France et fédérés au sein du “Collectif de la grue jaune”, Charnay n’est pas le gentil papa victime d’injustice qu’il prétend être. C’est d’abord un masculiniste militant, violent et enfermé dans un imaginaire férocement misogyne. Et parmi la poignée d’activistes gesticulant, il ne fait pas figure d’exception.

Hormis les coups d’éclat médiatiques et l’intense lobbying politique, de nombreux militants de la cause des pères sont connus pour leurs pratiques de harcèlement à l’encontre de leurs ex-compagnes : tentatives d’intrusion à leur domicile, diffusion de rumeurs ou divulgation d’informations privées sur les réseaux sociaux, ce qui a pour effet de terroriser les mères et leurs enfants. Toxiques pour leur propres enfants, certains de ces pères ont été déchus de leur autorité parentale, chose rare mais justifiée par leurs comportements. Et à l’instar de Serge Charnay, d’autres sont passés par la case prison pour de bien peu glorieux faits d’armes. À Grenoble, par exemple, René Forney, président de l’association Père-Enfant-Mère a été condamné à deux reprises pour injure à magistrat. Son ami Youcef Ouateli, le trésorier de l’association, déjà condamné pour violences conjugales, ajoutait récemment de nouvelles lignes à son casier judiciaire pour des faits de violences contre un syndicaliste, le 1er mai 2013, puis contre des policiers à l’occasion d’un contrôle au pied de la cheminée sur laquelle était perché René Forney.

Évitons donc de nous laisser attendrir par la “cause des papas”. Essayons plutôt de comprendre ce qui se cache derrière et appelons un chat un chat. Avec Serge et sa bande de pères perchés, on a affaire à des masculinistes convaincus et organisés.

Ces masculinistes qui avancent masqués

Le masculinisme, qu’est-ce que c’est ? Est-ce l’équivalent du féminisme pour les hommes ? Et bien non, il s’agit plutôt du contraire. Le masculinisme est une résistance au projet féministe. C’est un contre-mouvement social réunissant des hommes (et quelques femmes) hostiles à l’égalité réelle et baignant dans une idéologie réactionnaire : une sorte de corporatisme masculin pour la défense des intérêts des hommes et de l’ordre patriarcal. Les associations et groupes masculinistes font en quelques sorte comme les syndicats de patrons, ils défendent les dominants – en régime capitaliste, les patrons sont du côté du pouvoir, et bien en régime patriarcal, faut-il le rappeler, ce sont les hommes qui bénéficient de privilèges et occupent les positions de pouvoir.

Mais la particularité des masculinistes c’est d’avancer masqués. Ils ne se battent pas tous pour la suprématie masculine et la réaffirmation des valeurs viriles. La plupart, au contraire, se disent favorables à l’égalité hommes-femmes. Certains se définissent eux-mêmes comme “féministes”… mais en ajoutant que le féminisme est allé trop loin. Selon eux, non contentes d’avoir obtenues l’égalité, les femmes auraient pris le pouvoir.

Voilà donc l’originalité de cet antiféminisme : inverser les rapports de domination, travestir la réalité sociale, et présenter les hommes comme des victimes. En bref, ils sont dans la “plainte” perpétuelle : les hommes souffrent, ils sont en perte de repères, discriminés, parfois même battus, victimes du “sexisme anti-homme”, des harpies féministes, du “matriarcat”, de la “féminisation” de la société, des inégalités parentales, des “féminazis”, etc.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. S’il est un peu plus délicat de combattre des personnes qui se présentent comme des victimes et se disent favorables à l’égalité, n’oublions pas que l’objectif de tous ceux qu’on nomme masculinistes est bel et bien de revenir sur des droits acquis par les femmes, et de reconduire la domination masculine sous une forme renouvelée.

Cause des pères : comprendre les enjeux, démonter les mythes

Et la stratégie de la “victimisation” et du renversement des rôles est plutôt efficace. On finirait presque par les croire… si l’on y prenait pas garde. Qui n’a pas autour d’elle ou de lui un ami d’ami qui ne peut plus voir ses enfants comme il le souhaiterait après un divorce ? C’est ce que Serge et ses copains répètent à longueur de temps.

Ils veulent, disent-ils, pouvoir être présents auprès de leurs enfants, s’occuper d’eux et investir la paternité. Mais on les en empêcherait. La justice aux affaires familiales en premier lieu. Véritable mafia, elle serait contrôlée par un lobby de juges femmes forcément partiales, et corrompue par des avocats qui se repaissent du malheur des pères divorcés. Et puis leurs ex-femmes ou compagnes. Elles feraient tout pour les séparer de leurs enfants, en déménageant loin et en bourrant le crâne de leurs enfants pour qu’ils détestent leur père.

Voilà le tableau que dépeignent les militants des droits des pères. Bien sûr, l’idée n’est pas de dire qu’il n’existe pas de cas d’abus, ni qu’aucun père ne vit des situations réelles d’injustice. Mais il faut quand même rappeler quelques faits pour contrer leur stratégie de victimisation et de mystification de la réalité.

Des motivations moins louables que ce qu’ils affichent

Tout d’abord, bien avant que ces pères montent sur des grues, les femmes et les féministes se battaient pour le partage du travail parental et une réelle implication des hommes dans ce travail. Or aujourd’hui encore, les inégalités persistent dans ce domaine. Les femmes continuent d’en faire plus, beaucoup plus, avant et après la séparation. Et puis, si la résidence principale des enfants est en effet fixée dans la plupart des cas chez la mère, c’est à la demande des deux parents. C’est-à-dire que la majorité des pères se satisfont de cette situation où c’est leur ex qui fait le boulot. Les fameux “nouveaux pères”, très impliqués dès la naissance de leur enfant et dont la presse parle abondamment, ne sont pas encore légion. Et ceux qui subissent une injustice après une séparation, encore moins.
En réalité, les mots d’ordre martelés sur “l’égalité parentale”, les “droits du père” ou la résidence alternée par défaut, sont l’arme de combat par excellence des masculinistes contre les femmes et les enfants. Et dans ce combat, les motivations de ces hommes sont bien plus prosaïques et moins louables que ce qu’ils affichent.

Leurs intérêts sont d’abord d’ordre matériel. En obtenant la résidence alternée, ils s’assurent de ne pas payer de pensions alimentaires. Ensuite, leurs motivations sont liées aux questions de pouvoir. Les masculinistes militants sont la plupart du temps animés du désir de vengeance après une séparation qu’ils n’ont pas supportée. S’ils réclament l’imposition de la résidence alternée, ce n’est pas pour s’assurer le “droit de” mais bien “le droit sur”. Une manière pour les hommes de continuer plus facilement à exercer une emprise sur leur ex et leurs enfants qui, dans l’imaginaire masculiniste, leur appartient.

Contre “la cause des pères”, la vigilance s’impose

On peut déplorer que beaucoup de monde tombe dans le panneau en défendant le principe de la résidence alternée comme modèle, sans prendre en considération ces enjeux de pouvoir. Des féministes comme Clémentine Autain ou Geneviève Fraisse ont même cosigné une pétition lancée par Stéphanie Hain, une alliée et une caution féminine des masculinistes.

La vigilance s’impose. Pour comprendre et combattre le mouvement des “droits des pères”, nous devons nous méfier des mises en scènes sophistiquées, des slogans faciles et des belles images de banderoles flottant au vent en haut des grues ou des cathédrales.

En grattant un peu le vernis des apparences on trouve très vite une idéologie et des pratiques dangereuses qu’on ne peut pas laisser s’installer.

Collectif Stop-masculinisme

Cet article a initialement été publié sur le site “Le plus” du Nouvel Obs. Pour y accéder c’est ici.

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Les masculinistes épinglés par Le Canard Enchaîné

dossiers-nouveaux-reacsEn octobre 2013, Le Canard Enchaîné consacrait l’un de ses dossiers aux « nouveaux réacs ». Sous le titre « Masculinistes, le fait des pères », les masculinistes s’y retrouvent à juste titre épinglés, au milieu de nombreux autres « portraits » d’acteurs du mouvement réactionnaire qui sévit en France depuis quelques années (catholiques intégristes, droite décomplexée, « écolos » perdus, et autres vedettes de la polémique…).

Patrick Guillot, idéologue masculiniste, animateur du « Groupe d’Etude contre les Sexismes » et du site internet « La cause des hommes », cité dans l’article, peut bien feindre l’étonnement d’être ainsi brocardé 1, il n’échappera à personne que le masculinisme s’intègre à la lame de fond réactionnaire. Nous rejoignons bien Le Canard Enchaîné sur ce constat. Continue reading

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