« Sois père et tais-toi » : les hommes ne seront-ils jamais responsables ?

Image sois père!« Sois père et tais-toi ! » est un film documentaire de Lorène Debaisieux, réalisé en 2014 et diffusé le 13 janvier 2015 sur France 5. Il a été vu par plus de 800 000 téléspectateur.ices à sa première diffusion (soit 3% d’audience). Ce film traite de ce que certain.e.s nomment les « paternités imposées », un sujet polémique auquel le personnage central du film, l’avocate Mary Plard, a consacré un livre en 2013. Nous proposons ici une analyse critique de ce film auquel le magazine Causette1 s’est associé. Nous souhaitons montrer en quoi ce documentaire s’inscrit pleinement dans l’offensive masculiniste en cours.

Les éternelles ficelles émotives

Dès les premières minutes du documentaire, ce sont les émotions qui sont mises en avant. Après avoir écouté « par hasard » l’histoire d’un homme qui s’estime victime de « paternité imposée » qui la « bouleverse », la réalisatrice nous dit qu’elle a décidé de faire un film pour « écouter sans juger ces hommes en colère ». Comme le documentaire « Des hommes en vrai »2, qui compile des portraits d’hommes qui se disent en souffrance ou se présentent comme victimes des femmes, on veut nous faire croire que seules les émotions guident les choix de réalisation et que le sujet est choisi quasiment par hasard. Pourtant, Lorène Debaisieux est une habituée de ce type de sujet, auquel elle a déjà consacré trois documentaires3. Dans « Sois père et tais-toi ! », comme de coutume dans la rhétorique masculiniste, l’usage du ressort émotionnel n’a pas d’autre objectif que d’empêcher la réflexion.

Le documentaire se conclut de manière on ne peut plus mélodramatique avec l’évocation d’un homme dont la lente descente aux enfer puis la mort auraient été provoquées par une situation de « paternité imposée ». Cette mise en scène de la souffrance d’un homme et son interprétation, dont on ne peut bien-sûr pas vérifier la véracité, est encore une fois exactement la même que dans « Des hommes en vrai » et dans nombre de récits masculinistes.

Les hommes victimes, les femmes vénales et manipulatrices

Les partis pris de la réalisatrice deviennent rapidement limpides, et l’on nous sert les arguments usés jusqu’à la corde par les masculinistes : les hommes victimes de violence, les femmes vénales et manipulatrices.

Sur la violence tout d’abord, les mots sont extrêmement forts, voire carrément déplacés, et placent toujours les hommes dans le statut de victime. Jean-Jacques affirme qu’il « subit cette violence »… d’un enfant qui entame une procédure de reconnaissance en paternité. Mais il y a plus grave. Le mot « viol » revient plusieurs fois pour caractériser l’expérience vécue par les protagonistes du documentaire, que ce soit par la voix off ou par les hommes concernés. On nous assène que ces hommes « ont été violés » et qu’il s’agit d’un « viol à la paternité ». L’emploi du mot « viol » pour caractériser des faits qui n’ont rien à voir est particulièrement grave. Chaque année en France, 83000 femmes sont victimes de viols et tentatives de viols. Voilà la réalité sociale, loin des métaphores inacceptables véhiculées par ce documentaire.

Les choses sont aussi très claires sur ce qui dérange profondément ces hommes : on leur demande de l’argent. Un homme pose le décor : « C’est que pour l’argent. » Un autre témoignage, plus tard dans le documentaire : « Payer, payer, payer […] La justice frappe à ma porte pour me demander de l’argent, pas pour assumer mon rôle de père. » Et la réponse de l’avocate est on ne peut plus claire elle aussi : « Et bien on va se battre sur l’argent. » Un homme évoque enfin la question de la responsabilité, mais de quelle manière ! « Il pourrait y avoir un autre système. On pourrait ne pas être responsable financièrement. » La femme vénale, qui se sert de ses charmes pour arnaquer des hommes crédules, voilà encore un cliché misogyne éculé, qui a au moins le mérite de mettre en lumière le fait que les hommes en question ne commencent à bouger que lorsqu’on menace de toucher à leur portefeuille, à l’instar des pères divorcés soutenus juridiquement par des associations telles que SOS Papa… pour éviter de payer la pension alimentaire.

En filigrane, la figure de « la femme manipulatrice » est présente tout au long du film. Le premier homme que l’on entend, en introduction du documentaire, confie « la honte de s’être fait avoir ». Plusieurs autres parlent de « piège » que ces femmes leur auraient tendu. Il ne s’agit en réalité que d’une remise au goût du jour du thème « de l’enfant dans le dos ». Mais au fait, quelles sont leurs responsabilités, à eux ? Un homme qui ne veut pas avoir de rapport fécondant et se sent responsable ou ne fait « pas confiance » à la femme avec qui il s’apprête à partager de la sexualité ne doit-il pas tout simplement mettre un préservatif (ou éviter la pénétration vaginale) ? Et bien non, encore une fois, les hommes nient leur responsabilité, dans une avalanche de commentaires qui en disent long sur la manière dont ils envisagent la contraception. Du classique « J’ai été naïf, elle me disait qu’elle prenait la pilule » à cet homme qui dit que « au début » de la relation, les rapports étaient protégés, puis plus du tout, sachant que selon ses dires, les amant.e.s ne se sont vu.e.s que « quatre ou cinq fois » ! La contraception masculine est très rapidement évoquée, et aussi vite évacuée, alors qu’il s’agit selon nous du coeur du problème. Au final, le documentaire nous assène une fois de plus que la contraception et la maîtrise de la fécondité sont des affaires de femmes.

Un positionnement masculiniste clair

Ce documentaire tombe à point nommé, à la suite des mobilisations de « pères perchés » et de la sortie du livre de l’avocate Mary Plard sur les « paternités imposées ». Il y a donc un contexte social, politique et médiatique qui fait de « Sois père et tais-toi » une pierre de plus à l’édifice masculiniste. Il faudrait faire preuve d’une grande mauvaise foi pour prétendre se tenir en dehors de ce contexte-là. Comment croire que la très médiatique Mary Plard, qui dit avoir « participé à toutes les luttes féministes de son époque » ne voit pas en quoi sa croisade d’aujourd’hui va à l’encontre des luttes féministes ?

Au-delà du contexte, le discours sous-jacent de ce documentaire est sans équivoque. Il reprend point par point l’argumentaire masculiniste, depuis le thème de la « justice anti-hommes » (« La procureure privilégie souvent la cause des femmes ») jusqu’à la dénonciation de la « guerre des sexes » qui serait menée… par les femmes. D’ailleurs la réalisatrice va jusqu’à alimenter la division entre femmes en mettant largement en avant celles qui « se rangent dans le camp des hommes » (vers la fin du film, une scène ubuesque montre une femme qui demande à un avocat comment faire une procédure contre… les femmes qui font des procédures).

Enfin, la victimisation et la déresponsabilisation des hommes est de rigueur. Un homme va même jusqu’à déclarer : « On est manipulés. On n’a pas le pouvoir. On est le sexe faible. » Un seul témoignage sur l’ensemble du documentaire (celui d’une procureure) vient rappeler que si les hommes ne veulent pas d’enfants, ils en ont la possibilité concrète, alors que la voix off assène des commentaires invraisemblables, comme celui sur une fresque de la Cour d’Appel de Rennes représentant la justice comme une « femme triomphante ». La phrase qui clôture le film est le coup de grâce d’un long plaidoyer réactionnaire : « Pour qu’une maternité choisie ne l’emporte pas sur une paternité imposée. »

En conclusion

Le titre même du documentaire en résume toute la teneur : « Sois père et tais-toi ! » est bien évidemment une détournement de « Sois belle et tais-toi », au départ titre d’un film de 1958, repris à leur compte par nombre de féministes pour dénoncer le rôle de potiches que l’on réserve aux femmes. Le fait de piller ainsi l’imaginaire féministe pour servir la « cause des hommes » est un procédé masculiniste classique, qui s’inscrit pleinement dans le mouvement de « backlash » qui vise à contrer le mouvement d’émancipation des femmes.

Alors que le sujet du documentaire pourrait ouvrir sur des questionnements légitimes et passionnants autour de la parentalité, il y a dans « Sois père et tais-toi ! » une mauvaise foi patente sur les arguments en faveur de la paternité « de coeur » plutôt que biologique. Le film emploie le même procédé rhétorique que les associations de « droits des pères » qui ne militent pour l’implication des hommes dans l’éducation des enfants que dans les cas de divorce ou de séparation. Comment croire en la sincérité de ces hommes qui, d’un seul coup, se transforment en héros anti-essentialistes et font comme s’ils avaient toujours lutté pour différencier « père » et « géniteur » ? Que font-ils en dehors de leur cas personnel ? Se mobilisent-ils sur ces sujets ailleurs que dans situation inconfortable pour eux ? Pourquoi ces hommes sont-ils incapables de reconnaître qu’ils ne se sont pas « faits avoir » mais qu’ils ont été négligents et que cette erreur a eu de graves conséquences ? Pourquoi ne tirent-ils pas de leçons de leurs manquements et persistent-ils à se placer dans le statut de victime ? Si ce thème est si important pour eux, pourquoi ne s’engagent-ils pas auprès des jeunes hommes pour les informer sur les comportements à risque, à éviter ? Pourquoi les femmes qui se sont retrouvées seules pour gérer la grossesse, l’accouchement et l’éducation des enfants ne sont-elles pas entendues dans le film ? Combien de temps encore va-t-on continuer à considérer les hommes comme de grands enfants irresponsables, qui n’ont de comptes à rendre à personne en matière de sexualité et de relations amoureuses ? À quoi sert un documentaire tel que « Sois père et tais-toi ! », si ce n’est à déresponsabiliser les hommes et renforcer la domination masculine ?

1Ce n’est pas la première fois que Causette fraye avec les idées antiféministes, comme on peut le constater notamment dans cette lettre à Causette.

2Des hommes en vrai, P. Chilowicz, 2009. Lire notre analyse de ce film.

3En effet, la filmographie de la réalisatrice est ponctuée de documentaires ayant trait aux questions d’enfance et de parentalité : « Une enfance particulière » (1999), « M. le juge aux Affaires Familiales » (2000), et « Mes parents, leur divorce et moi » (2010).

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Le coming out masculiniste de Pièces et main d’oeuvre (PMO)…

…De la critique de la technologie à la réaffirmation de l’ordre patriarcal

Depuis plusieurs années, nous tâchons de comprendre, pour mieux la combattre, l’une des formes de l’anti-féminisme qui se développe en France : le « masculinisme ». Nous dénonçons la montée des groupes qui défendent les intérêts des hommes et dont l’idéologie se structure autour d’un fantasme qu’on peut résumer ainsi :

  • le féminisme est allé trop loin, la société s’est « féminisée » et les femmes ont pris le pouvoir.
  • la masculinité est en « crise » et les « vrais » hommes sont devenus des perdants. Symboliquement castrés, ils ont perdu leurs repères identitaires et leur place dans la société.

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Les masculinistes ne se contentent pas de nier l’existence du patriarcat, en tant que système social de domination, au prétexte que l’égalité entre les hommes et les femmes serait « déjà là ». Leur imaginaire débordant va plus loin, produisant une fiction : la société « matriarcale » comme envers symétrique de la société patriarcale ; une société dans laquelle les femmes et les valeurs dites féminines asservissent les hommes. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette vision du monde n’est pas seulement défendue par quelques machos militants. Dans le contexte réactionnaire actuel, elle se répand en transcendant les traditionnels clivages « droite » / « gauche ». Et en ce moment, le masculinisme « de gauche » se porte bien. Inutile donc d’aller se perdre sur les forums des « pères perchés », ni même de se fader les 540 pages du dernier best-seller de Zemmour. On trouve à gauche de la gauche, plus précisément dans certains milieux libertaires, anti-industriels et écologistes radicaux, le pire de ce que l’idéologie masculiniste peut produire. Dernièrement, un exemple nous a touché.e.s près. Les « individus politiques » grenoblois de Pièces et main d’oeuvre [1] (qu’on abrègera ici en « PMO ») ont publié un texte au contenu antiféministe, homophobe et transphobe qui n’est pas passé inaperçu dans les milieux militants. Intitulé « Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus queer », ce texte méprisant est une violente charge contre des personnes et des groupes (femmes, lesbiennes, gays, trans, intersexes…). Mal dissimulée derrière une critique en apparence sophistiquée du Queer [2], ce pamphlet n’est en réalité rien d’autre qu’une attaque des fondements de la pensée féministe contemporaine qui a mis en évidence le fait que la naturalisation des « différences » entre femmes et hommes sert à justifier la domination de ces derniers. Si l’anti-féminisme de PMO n’était pour beaucoup qu’un secret de polichinelle, ce texte marque une étape de plus dans sa dérive réactionnaire. Malheureusement, toucher le fond n’aide pas toujours à remonter à la surface.

Dans ce texte, l’ennemi n°1 de PMO c’est donc le « tordu queer ». Celui-ci dirigerait le monde aux côtés de ses alliés transhumanistes [3]. « Issu du milieu homo des universités new-yorkaises », il ne serait qu’un « rejeton de la technocratie bourgeoise » qui « écrase et méprise le peuple d’en bas ». Ce peuple, le « tordu queer » voudrait le « rééduquer », d’où « son effort d’entrisme dans l’enseignement, de la maternelle à l’université » [4]. Toujours dans ce texte, PMO brocarde et dénonce : les transsexuel.le.s / transgenres, que « les chirurgiens équipent ou débarrassent suivant les cas, d’un pénis détesté ou désiré », les intersexes (« Nous ne sommes pas tous intersexués, pas plus que nous ne sommes pas tous pieds-bots »), le « lobby LGBT » et « l’élite gay et lesbienne » qui aurait la mainmise sur le monde de la mode et voudrait « imposer l’homonormalité ». La liste de citations de cet acabit serait trop longue. Nous invitons les plus courageux.ses à se faire leur propre avis en lisant « Ceci n’est pas une femme ». Nous savons que Pièces et main d’oeuvre a pris pour habitude de diffuser des textes provocateurs et insultants, s’amusant à observer les réactions des un.es et des autres comme les scientifiques qu’ils combattent observent des cobayes dans une cage. Ce jeu ne nous amuse pas. Notre intention n’est pas de reprendre, pour le démonter point par point, le contenu entier de ce texte aussi confus que méprisant, qui révèle une profonde ignorance des sujets évoqués. Nous souhaitons en revanche nous concentrer sur les extraits qui signent le coming out masculiniste de PMO.

Rien ne va plus : les femmes ont pris le pouvoir, les hommes sont dominés.

« Qu’est-ce qui fait courir les hommes ? Qui les oblige à se distinguer, à réussir, à se battre (entre eux), à être forts, beaux, riches, rusés, savants, drôles, artistes, etc. ? Pourquoi doivent-ils prouver leur valeur, ou à défaut inventer des anti-valeurs ? L’humour, la sensibilité, la désinvolture ? (Sartre, Gainsbourg, Woody Allen) Pourquoi doivent-ils être valeureux ? Que leur vaut cette valeur en fin de compte ? Une situation. Une position dans la meute. L’accès aux femmes. À la reproduction. À la satisfaction sexuelle pour ceux qui ne sont pas fous des éphèbes, ni des misogynes terrifiés par le redoutable vagina dentata.  » p.16

Entrons donc dans le vif du sujet avec une idée affligeante : selon PMO ce sont les femmes qui créent la compétition entre les hommes et « les oblige[nt] à se battre (entre eux) ». À mi-chemin entre l’anthropologie de comptoir et le documentaire animalier, PMO nous offre une version revisitée du scénario stéréotypé de la conquête amoureuse mettant aux prises des hommes entreprenants et des femmes spectatrices des rivalités masculines. Ainsi, pour PMO, si un certain nombre d’hommes agissent de manière idiote et violente c’est pour « accéder » aux femmes, objets de convoitise (pour la « reproduction » et leurs « satisfactions sexuelles »). Si elles n’étaient pas là, rien ne justifierait de tels comportements. C’est donc de leur faute. En suivant cette logique, les hommes s’entretuent par milliers à cause des femmes, conduisent trop vite à cause des femmes, boivent trop d’alcool à cause des femmes, etc. Ils n’auraient tout bonnement pas le choix de faire autrement. Rendre les femmes responsables des comportements masculins engendrées par le patriarcat relève du procédé typique des masculinistes : inverser le sens des responsabilités et justifier la violence du système de genre. Or, sauf à défier toute logique, ce qui découle d’un système agencé par et pour les hommes ne peut raisonnablement pas être reproché aux femmes.

« Du point de vue féministe, aujourd’hui, naître homme, c’est naître coupable, s’en mortifier sans cesse et atténuer ce péché originel par une vie de contrition et de perpétuelles surenchères d’humilité. Les femmes prennent désormais le maître-rôle, le pouvoir, tandis que les hommes doivent trouver de nouvelles manières de leur prouver leur valeur. » p.17

Dans cet extrait, l’idée-maîtresse du discours masculiniste est explicite : l’homme est désormais une victime (des femmes qui auraient désormais le « maître-rôle, le pouvoir »). Il est sous-entendu que les féministes (peu importe lesquelles d’ailleurs) attendent des hommes qu’ils fassent carpette (« surenchères d’humilité »), se sentent coupables d’être nés hommes et s’en repentent éternellement (« une vie de contrition »). Il s’agit bien entendu d’un cliché très présent dans les discours anti-féministes qui vise deux choses : faire passer les féministes pour des tortionnaires et empêcher les hommes de prendre conscience des privilèges que leur octroie le seul fait d’être né homme dans une société patriarcale. Pour démontrer cette thèse masculiniste, PMO avance une « preuve ». Les femmes ont le pouvoir, du moins du pouvoir, et non des moindres : le pouvoir dans les rapports amoureux.

«  Aujourd’hui comme hier, ce ne sont pas les hommes qui accordent leurs faveurs – ou non (…) Un cliché populaire le dit : ’Les hommes proposent, les femmes disposent’. S’il est un domaine où ’l’asymétrie des catégories’ détermine une hiérarchie, c’est bien dans les rapports amoureux, l’une des affaires majeures, sinon la grande affaire des humains. Un domaine où l’Amour sera roi, où tu seras reine. Où les hommes seront toujours plus les chevaliers-servants de leurs Maîtresses-dames (domina), suivant le modèle de la littérature courtoise étendu à l’ensemble de la société. Des esclaves passionnés ; des enthousiastes de la servitude volontaire ; des masochistes (de Sacher Masoch. La Vénus à la fourrure)  » p.17

En guise d’argumentation, on a seulement droit ici à une glorification de ce « cliché populaire » qui a malheureusement la vie dure. PMO reprend à son compte le mythe patriarcal de l’amour courtois qui veut que les relations hommes/femmes soient réglées par les codes de la séduction galante qui placent l’homme en situation de vassal : l’amoureux tout dévoué – pour ne pas dire soumis – à sa belle, et qui alterne entre frustration et totale disponibilité. Il faut ainsi comprendre, dit de manière plus triviale, que les femmes « tiennent les hommes par les couilles ». Peu importe la réalité, finalement. Peu importe que les femmes soient poussées à céder aux demandes masculines et à se montrer sexuellement disponibles. Peu importe que la sexualité des femmes soit souvent une sexualité sous contrainte et que le désir féminin reste encore majoritairement subordonné au désir masculin, comme le montrent les études sur les pratiques sexuelles [5]. PMO semble ignorer cette réalité. Pourtant une simple attention aux interactions sexuelles de ses contemporains aurait pu l’éclairer sur le sujet. Alors qu’encore trop souvent les hommes imposent, comment se permettre de dire que « les femmes disposent » ? Ce genre de poncifs masculinistes a un double objectif : 1. occulter la cause de la plupart des violences sexuelles : l’injonction faite aux femmes de satisfaire le désir masculin, et 2. dédouaner les hommes violents qui n’auraient « pas pu » supporter leurs frustrations sexuelles. Contre les fantasmes de PMO sur les hommes « esclaves passionnés », faut-il rappeler le caractère systémique et l’ampleur des violences masculines contre les femmes ? 83000 femmes sont victimes de viols et tentatives de viols chaque année en France. Dans 70% des cas, la victime connait son agresseur (conjoint, ex, parent…). Une femme meurt tous les 3 jours sous les coups de son conjoint [6]. Chevaliers-servants, dites-vous ?

C’était mieux avant : la nostalgie d’une époque virile où les femmes étaient soumises.

« Notre société où les progrès technologiques dévalorisent la virilité et favorisent l’émancipation féminine, on n’en est plus à s’extasier devant les femmes pilotes de drones ou de bombardiers, scientifiques, informaticiennes, cadres, chefs d’entreprise, avocates, médecins, journalistes, politiciennes, etc. L’autorité paternelle abolie, les femmes, majeures à dix- huit ans, libres de faire des études, de travailler, de leur sexualité, d’avoir ou non des enfants, renversent peu à peu, dans tous les domaines et à tous les degrés de la hiérarchie, la suprématie masculine. » p.16

Que faut-il comprendre de ce passage ? PMO passe son temps à critiquer les progrès technologiques. Or, PMO nous dit que ces mêmes progrès conduisent à dévaloriser la virilité et à favoriser l’émancipation féminine. Doit-on en conclure que ces évolutions sont, pour PMO, négatives ? Les vraies valeurs, les valeurs viriles, sont menacées : voilà encore un thème classique des masculinistes. Quant aux femmes, elles prennent un peu trop de libertés – cela est sans doute dû au technocapitalisme et aux machines (le lave-linge peut-être ?). C’est inquiétant, il faudrait s’en soucier. On comprend que ces évolutions sont fâcheuses. On en déduit qu’il faudrait défendre l’ordre social sexuel pour que chacun.e reste à sa place et qu’on ne perde pas tous nos repères. Que PMO se rassure. La « suprématie masculine » n’est pas sur le point d’être renversée. En tant que groupe dominant, les hommes disposent toujours du pouvoir social et du pouvoir sur les femmes. Avancer que la suprématie masculine disparaît peu à peu revient à nier le problème et à ôter toute légitimité à celles (et ceux) qui continuent de lutter contre le système patriarcal. C’est la raison d’être même du mythe de « l’égalité déjà-là ». PMO alimente ce mythe anti-féministe en faisant sa liste des professions qui seraient désormais suffisamment féminisées pour qu’on n’ait plus plus à s’en « extasier ». Rappelons que les femmes pilotes de bombardier ne sont pas légion. Sous-représentées dans la plupart des métiers et fonctions cités (informaticiens, chefs d’entreprises…), elles restent des anomalies statistiques, des exceptions qui confirment la règle (en France : 17% des ingénieurs et 10% des élèves des écoles d’informatique. 6% des dirigeants des sociétés du CAC40, 3% des pilotes de chasse). La plupart des emplois rémunérateurs, des activités prestigieuses, et des fonctions hiérarchiques sont toujours des sanctuaires masculins. Et quand un métier se « féminise » c’est parce que les hommes le désertent et qu’il perd de son prestige social. Quant au plafond de verre, il ne s’agit pas d’un mythe, contrairement à « l’égalité déjà-là ». On ne s’extasie plus devant la mauvaise fois de PMO. Soulignons seulement que ce procédé rhétorique relève d’une stratégie classique des masculinistes : faire passer la marge pour le centre, LE cas exceptionnel pour la norme. On nous parle d’une femme pilote de chasse : et d’un coup, les femmes sont partout, ce sont elles qui ont le pouvoir. En ce qui nous concerne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait plus de femmes chefs d’entreprise ou pilotes de bombardier. Nous souhaitons une société sans rapports de domination. Mais ne pas reconnaître que des inégalités entre hommes et femmes perdurent est un positionnement grave. Que les femmes (d’autant plus si elles ne sont pas blanches et avec papiers) constituent le gros du bataillon des pauvres, des emplois subalternes et à temps partiels subis ne semble pas incommoder PMO trop occupé à véhiculer ses fantasmes sur les femmes au pouvoir. Que dire, pour finir, au sujet du passage sur « l’abolition de l’autorité paternelle ? PMO regrette-il le bon vieux temps du règne du Pater familias et de l’éducation à la dure ? Si effectivement l’autorité paternelle, en tant que terme juridique, a disparu au profit de « l’autorité parentale », dans les faits la domination paternelle sur les femmes et les enfants persiste. L’idéologie patriarcale veut que ce soit l’homme qui incarne l’autorité dans SA famille et fixe le cadre pour SES enfants. Les masculinistes nous disent que sans la présence de l’homme et de son autorité « naturelle » les enfants deviennent délinquants, toxicomanes ou, pire, homosexuels [7]. Cette idéologie continue de justifier certaines formes de violences en enfermant les hommes dans cette image du père fouettard, plus à même de dispenser des coups que de donner de l’amour. Est-ce de cela dont PMO se sent nostalgique ?

Sauvons les hommes (hétérosexuels) : Le mâle, seul rempart contre l’indifférenciation des sexes et des sexualités.

« Mais bien sûr, [la reproduction artificielle de l’humain] permettra aussi aux androphobes, révulsées par l’ignoble phallus perfossor, de faire des filles sans recours aux hommes.  » p.23

Pour PMO – et les masculinistes – les hommes sont à plaindre. Les femmes ont pris leurs places et les valeurs masculines traditionnelles sont disqualifiées et moquées par les féministes (« phalus perfossor »). Mais le pire reste à venir. Les hommes pourraient à terme être purement et simplement mis hors jeu dans le processus de reproduction. Exit le mâle ! Grâce aux technologies de la reproduction (Procréation Médicalement Assistée, ou « PMA ») et à la complicité du pouvoir bio-médical, les femmes (et les queers !) auraient le pouvoir de faire des enfants entre elles ou toutes seules. Se passer des mâles pour procréer, voilà une angoisse que PMO partage avec les défenseurs de l’ordre patriarcal et de la famille « traditionnelle ». Ce combat contre la « reproduction artificielle de l’humain » (mené de front avec des auteurs appartenant plus ou moins au même courant de pensée, tels Alexis Escudero [8] ou Hervé Le Meur [9]) s’inscrit en effet dans cet imaginaire masculiniste. Il nous faudrait comprendre que les femmes disposent désormais des moyens de répondre « au vieux désir des hommes de faire des fils sans recours aux femmes ». Pour elles, faire des filles sans les hommes, ce serait devenu possible ; l’occasion rêvée pour les féministes bien aidées par la technologie, de se venger, en quelque sorte. La PMA serait donc critiquable parce qu’elle retire du pouvoir aux hommes dans la reproduction : après l’accès des femmes à la contraception et à l’avortement, l’accès à la PMA pour toutes parachèverait le processus. Les hommes perdraient ainsi définitivement le contrôle sur la fécondité des femmes. Voilà ce qui est proprement insupportable, pour les masculinistes comme pour PMO.

« Où l’on voit que l’industrie agro-chimique ne fabrique pas que des obèses, et ne féminise pas que les poissons et les crocodiles. » p.10

Ce passage fait manifestement référence aux pollutions chimiques (notamment hormonales) susceptibles d’entraîner la « féminisation » ou la « dévirilisation » des mâles humains. Cette idée (que l’on retrouve également chez Alexis Escudero) repose sur des études scientifiques tendant à montrer l’augmentation des anomalies sexuelles et la baisse croissante de la fertilité dans les sociétés industrielles avancées : baisse du nombre et de la qualité moyenne des spermatozoïdes, problèmes de développement sexuel de l’embryon, réduction de la taille testiculaire… Les « perturbateurs endocriniens », ces molécules affectant l’équilibre hormonal et que l’on retrouve dans certains produits chimiques (phtalates ou bisphénol A) présents dans les emballages, les produits cosmétiques, etc., seraient les principaux responsables. S’il ne faut pas sous-estimer la gravité du problème, certains comme PMO laissent à penser que la possible « féminisation de l’espèce » est la principale menace. Le pire à venir ne serait pas la fin de l’humanité, mais la venue d’une humanité sans mâle. Une humanité dans laquelle tous les humains sont des femmes ? horreur ! La question des troubles de la reproduction sert ici à alimenter le fantasme de la disparition des mâles. Une vision misogyne et masculiniste sous-tend bel et bien cette critique de « l’industrie agro-chimique » et de nos modes de vie.

« Le chromosome mâle est « petit », « ténu », « fragile », « chétif et peut-être éphémère » ; il ne cesse de perdre des gènes depuis 180 millions d’années – il ne lui en reste que 3 %. Il pourrait disparaître d’ici quelques millions d’années – voire plus vite encore si des généticiens queer prennent en main l’évolution et l’amélioration de l’espèce humaine.  » p.11

« Et la généticienne Jenny Graves d’en conclure « que le Y n’est plus indispensable pour assurer ces fonctions « mâles ». » Bon débarras, tiens !… Et prends ça dans les couilles, vieux chromosome patriarcal hétéronormé !  » p.11

« Cela reste vrai à ce jour, seule l’union de gamètes mâles et femelles, fut-ce dans une éprouvette, peut aboutir à la formation d’un embryon. Cela ne le sera peut-être bientôt plus, si les fiévreuses recherches pour fabriquer des embryons à partir de gamètes exclusivement mâles ou femelles portent leurs fruits. On voit le bond en avant pour l’humanité qui pourra ainsi potentiellement se débarrasser de l’une ou de l’autre de ses moitiés, en finir avec la reproduction sexuée, développer une société séparée suivant les limites de genre, imposer l’homonormalité, etc.  » p.14

Pour PMO, le problème de la féminisation de l’espèce n’est pas seulement le fait de l’industrie. Il serait également le résultat de l’évolution. Ce texte nous plonge dans un récit de très mauvaise science-fiction dont l’arrière-plan est toujours la disparition du mâle. Peu importe que celle-ci soit vaguement estimée dans 3 millions d’années, l’important est de frissonner. Pour PMO, il y aurait une convergence d’intérêts et de vues entre différents acteurs : les queers qui voudraient effacer les frontières entre masculin et féminin, mais aussi entre mâle et femelle ; l’industrie agro-chimique qui pollue l’environnement ; et les transhumanistes qui rêvent d’humains augmentés. Autrement dit, on serait face à une mystérieuse alliance « d’androphobes » (d’autres auteurs masculinistes préfèrent utiliser le terme « misandres » pour décrire cette haine supposée des hommes) qui auraient en commun la haine du vivant et de la nature. Or ce front commun est une affabulation.

Si la fin du mâle reste une pure fiction, ce qui par contre est bien réel dans ces écrits et l’esprit de leurs auteurs, c’est la peur panique de l’indifférenciation sexuelle, ce vieil épouvantail patriarcal. En d’autres mots, les ennemis de PMO sont celles et ceux qui encouragent la confusion des genres et la remise en cause de la norme hétérosexuelle. Ce qui se joue n’est donc pas le drame auquel on voudrait nous faire croire, à savoir la destruction de l’espèce, mais plutôt le repli d’un courant de la critique radicale sur la défense de la domination masculine.

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[1] http://www.piecesetmaindoeuvre.com

[2] En anglais, « queer » veut dire « louche », « bizarre ». Originellement utilisé pour insulter les personnes qui ne rentrent pas dans la norme hétérosexuelle (homo, lesbiennes, trans…), le mot a été réapproprié par ces dernières pour revendiquer et affirmer cette position sociale.

[3] Le lobby transhumaniste travaille à rendre l’humain immortel, par le biais d’une hybridation avec la machine.

[4] II est intéressant de noter que cette idée est partagée par les partisan.e.s de la « Manif pour tous » : l’école serait envahie par le « lobby LGBT ».

[5] Les femmes sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à dire qu’elles ont déjà eu des rapports sexuels uniquement pour faire plaisir à leurs partenaires. Elles optent par ailleurs pour des positions plus susceptibles de procurer du plaisir à leurs partenaires qu’à elles-mêmes. Voir notamment l’ouvrage Enquête sur la sexualité en France, Bajos, Bozon (dir), La Découverte, 2008.

[6] Sources : Lettre de l’Observatoire national des violences faites aux femmes, « violences sexuelles et violences conjugales, combien de victimes ? », novembre 2013, et « Chiffres-clés – Les violences faites aux femmes – Ministère des droits de femmes, édition 2014 ».

[7] C’est l’une des thèses défendues par Guy Corneau dans l’ouvrage au titre évocateur Père manquant, fils manqué, Les Editions de l’Homme, 1992.

[8] Escudero Alexis, La reproduction artificielle de l’humain, Le monde à l’envers, 2014.

[9] Le Meur Hervé, « Faut-il changer la nature de la filiation ? », L’écologiste n°40, été 2013 et www.piecesetmaindoeuvre.com

Collectif Stop-Masculinisme, janvier 2015

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Retour sur une action anti-masculiniste à Lausanne

Dans une tribune publiée le 14 octobre 2014 sur le site Web du quotidien Le Courrier de Genève, le collectif féministe «Les Pires et associé-e-s» relate une action menée à Lausanne contre le masculinisme. Nous reproduisons ici cette tribune qui n’a pas manqué de faire réagir les militants masculinistes :

« Une idéologie hostile à l’émancipation des femmes »

Dans le cadre de la «formation en psycho-sexologie appliquée» donnée par Yvon Dallaire et Iv Psalti, à Lausanne, les 9 et 10 octobre 2014, notre collectif militant féministe a interrompu la séance, pour signifier son désaccord avec l’idéologie masculiniste des formateurs, en scandant des slogans et distribuant un tract, dont une partie du contenu est reproduit ci-dessous.

Masculinistes, hoministes, no pasaran! Le contenu de cette formation, qui se présente comme «une thérapie de la troisième vague» fait partie de l’offensive masculiniste. «Le masculinisme est une expression actuelle de la misogynie et de l’antiféminisme»1. Cette idéologie, appelée aussi «hominisme», est hostile à l’émancipation réelle des femmes et œuvre à la conservation des privilèges des hommes et à leurs positions de pouvoir au sein de la société.

Les courants masculinistes et hoministes se profilent sur la défense des «droits» des pères et autour de la constitution des réseaux d’hommes (groupes de paroles, groupes de soutien, associations «d’hommes battus» sous-entendu par les femmes, etc.). La création de tous ces groupes, accompagnée du discours sur les «droits» des pères ainsi que sur «le tabou des hommes battus» ne servent qu’à renforcer leur domination.

Quatre hommes, entre autres, ont un rôle important dans la diffusion de cette pensée en Suisse: Yvon Dallaire, John Goetelen, Guy Corneau et Hubert Van Gijseghem. Yvon Dallaire renforce la violence masculine en présentant les hommes comme le nouveau «sexe faible», niant ainsi les rapports de pouvoir et les inégalités structurelles de genre qui existent et se renforcent. Il ramène l’ensemble des violences découlant du patriarcat à des «conflits» interindividuels de couple et complémentaires.

Il semble urgent de rappeler que: la violence «conjugale» n’est pas «une maladie d’amour» (contrairement à ce que propose la formation!), la violence «conjugale» n’est pas symétrique, la violence «conjugale» est masculine, la violence s’exerce dans un système de domination, le patriarcat.

Pour nier ces oppressions, la formation proposée par Yvon Dallaire (comme d’autres) s’appuie sur une idéologie naturaliste – renforcée aujourd’hui par la médiatisation de certaines études neuroscientifiques – qui prétend qu’il existe des natures féminine et masculine bien distinctes, dépendantes des chromosomes, des hormones et autres complexes prétendument neuro-bio-psycho-schismogenésique. L’utilisation du discours sur les différentes «natures» et leur complémentarité, centrale pour Dallaire, pérennise le système hétéro-sexiste. Il rend également symétriques les violences au sein du couple, ce qui permet d’évacuer la question de la prévalence des violences masculines.

Cette forme d’antiféminisme est déjà bien présente dans les institutions et dans certaines associations en Suisse romande. Par exemple le Foyer Le Pertuis à Genève, sous l’impulsion de David Bourgoz, délégué aux violences domestiques dans la même ville, accueille simultanément des agresseurs et des femmes victimes de violence afin de «rompre le cycle des violences interpersonnelles» et parce qu’il y a de «l’humanité et de la souffrance chez tous [sic]»2.

L’association Pharos, créée par Serge Guignot, thérapeute du couple et de la famille, également coresponsable avec la directrice de Solidarité Femmes Genève, du module «Violences domestiques» à la Haute école de travail social, et chargé d’enseignement dans la même institution, vient en soutien aux hommes victimes de violences conjugales. A ce propos, il estime que «l’Homme en est actuellement où en était la Femme il y a trente ans» et que «les violences conjugales sont souvent physiques et psychologiques, mais elles peuvent aussi être sexuelles, en forçant un rapport ou en l’empêchant»3.

L’association Jason (merci la mythologie), groupe d’entraide pour hommes victimes de violences à Lausanne, veut lever «le tabou entourant les souffrances de certains hommes» avec le soutien de bénévolat Vaud (dont le contributeur essentiel est le canton). Cette association affiche clairement son adhésion au discours masculiniste et se garde bien de relever que les hommes violentés le sont essentiellement par d’autres hommes.

Quant à John Goetelen, qui fait partie du même «Réseau hommes» qu’Yvon Dallaire, il intervient régulièrement dans la Tribune de Genève pour exposer ses propos haineux envers les femmes.

Les théories d’Yvon Dallaire et sa «formation en Psycho-Sexologie Appliquée» ne sont pas des faits isolés. Ceci montre clairement qu’il existe aujourd’hui un retour de bâton contre les femmes qui se situe plus largement dans l’air du temps réactionnaire (néolibéral, antisocial, raciste, etc.)4.

Nous combattons cette offensive et continuons la lutte contre le patriarcat.

NO PASARAN !!!

  • 1. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, Lyon: Bambule, 2013, p. 16.
  • 2. Martine Miquel, Sybille Gallandat Crevoiserat, «Entre violences subies et violences agies» in: Revue Reiso, 10 juillet 2014.
  • 3. Shayma Gabr, «Violences conjugales: les hommes peuvent aussi être victimes», Tribune de Genève, 27 août 2010, nous soulignons.
  • 4. Collectif Stop Masculinisme, Contre le masculinisme. Guide d’auto-défense intellectuelle, op. cit. p. 17.

« Les Pires et associé.e.s »

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Vers la résidence alternée obligatoire : le tour de passe-passe des masculinistes

À l’heure où le terme « masculinisme » vient de faire son entrée dans le dictionnaire (le Petit Robert dans sa dernière édition*), force est de constater que les masculinistes ont le vent en poupe. Avec l’imposition de la résidence alternée pour les couples avec enfant en cas de séparation, ils viennent en effet de remporter une victoire sur le front principal de leur lutte pour la défense des intérêts des hommes : la « cause des pères ».

La résidence alternée, d’une loi à l’autre

Évacuée in extremis de la loi sur l’égalité hommes-femmes, le principe de la résidence alternée obligatoire est revenu par la petite porte dans la proposition de loi sur la famille (loi n°1856 relative à « l’autorité parentale et de l’intérêt de l’enfant »). L’intense lobbying des associations de pères en sa faveur a donc bien porté ses fruits.

À croire que la stratégie victimaire et les jérémiades des « pères perchés », adeptes des coups médiatiques, martelant depuis des mois des slogans on ne peut plus consensuels sur « l’égalité parentale » et le « droit des enfants à leur deux parents », ont réussi à anesthésier l’esprit critique du plus grand nombre.

La revendication phare des masculinistes, rendre la résidence alternée (RA) obligatoire, rencontrait jusque-là des résistances : pas réaliste, pas souhaitable et même dangereuse. Qu’on ne s’y méprenne pas, la RA n’est pas un problème en soi. En cas d’absence de conflit, il s’agit d’un arrangement entre adultes (et, si possible, enfants) consentants qui permet, du moins en théorie, un meilleur partage des tâches et des charges parentales. Depuis la loi de 2002, elle est d’ailleurs de plus en plus choisie par les couples séparés. Mais c’est son caractère obligatoire qui est problématique

Elle est en effet jugée ni réaliste ni souhaitable pour les enfants en bas âge, par exemple, ou tout simplement pour ceux qui ne le désirent pas. Elle ne l’est pas non plus dans les (nombreux) cas où les pères non investis dans l’éducation et le soin à leur progéniture n’en veulent pas – ce n’est pas par la contrainte qu’ils se métamorphoseront en parents responsables, et rien ne les empêchera de se soustraire à leurs obligations parentales.

Dangereuse, enfin, elle l’est certainement dans tous les cas de violences envers les femmes et les enfants, qu’elles soient avérées ou dissimulées. La résidence alternée par défaut contraindra les victimes d’hommes violents (harceleurs, jaloux, agresseurs…) à rester sous l’emprise de ces derniers en rendant l’éloignement physique très compliqué.

Les masculinistes la voulaient… la gauche l’a fait !

Malheureusement l’activisme d’une poignée de masculinistes parés du costume de « gentils papas » a eu raison de ces résistances. Mais dans cette histoire, l’élément le plus déterminant est sans doute l’adhésion d’une partie de la gauche, du gouvernement et de certaines figures du féminisme institutionnel au principe de l’imposition de la RA.

1er acte : un collectif de femmes et une pétition

Le premier acte fut la création d’un collectif de femmes pour la RA obligatoire, et le lancement d’une pétition (signée notamment par Clémentine Autain), opération savamment orchestrée par Stéphanie Hain, compagnon(ne) de route des masculinistes – pour celles et ceux qui en douteraient, la tribune qu’elle cosigne avec Sébastien Ledoux de l’association « Osons les pères » dans Libération daté du 16 mai est un parfait manifeste masculiniste.

En présentant la RA obligatoire comme le moyen de lutter contre les abandons de famille et de responsabiliser les hommes, elle la lave de tout soupçon. Et elle lui donne une légitimité auprès des femmes et des féministes – vu sous cet angle, il n’y a que les Zemour et les fétichistes de la famille patriarcale et de la femme au foyer pour s’y opposer. De cette manière, elle parvient ainsi à dissiper l’odeur de souffre qui colle à cette revendication classique des militants des droits des pères qui sont, faut-il le rappeler, mus par une volonté d’emprise (les « droits sur » leur ex et leurs enfants priment sur les devoirs de parents) et de revanche (faire payer à leur ex le choix de la séparation).

♦ 2nd acte : une proposition de loi… de gauche

Le second acte fut son intégration dans le projet de loi sur la famille défendu par une équipe dont le casting devait la protéger des critiques : des femmes de gauche, des écologistes (François De Rugy, Barbara Pompili, etc.), et des députés de la majorité dont Erwann Binet qui fut rapporteur de la loi sur le mariage homosexuel, et de ce fait en première ligne contre le front homophobe de la Manif pour tous.

Or, que nous apprend la lecture de la première version de cette proposition de loi ? Qu’il faut sacraliser « le caractère indissoluble du lien de filiation » et qu’il faut sanctionner davantage les mères qui hésitent à confier leur enfant la moitié du temps à leur ex. Mais surtout, elle nous apprend que les députés reprennent à leur compte une antienne masculiniste, à savoir qu’un « un enfant de parents séparés sur cinq ne voit ainsi jamais son père« . Et cela sans en évoquer la raison principale : les pères démissionnaires et le phénomène encore massif de l’abandon de famille.

Certes, une série d’amendements ont été déposés pour adoucir cette proposition de loi « de gauche » aux accents répressifs. Et même si, lors des premiers débats à l’Assemblée le 21 mai dernier, des associations (Solidarité femmes, SOS les mamans, etc.) ont tenté d’alerter l’opinion publique et les législateurs sur les dangers de cette loi en rappelant le contexte patriarcal dans lequel elle s’inscrit, le mal est bel et bien fait.

En quelques semaines, le tour de passe-passe avait fonctionné. La RA obligatoire était devenue un thème « de gauche » allant dans le sens du progrès social et de l’émancipation des femmes. Quelle que soit la réalité concrète de la situation post-rupture et malgré les violences en tout genres (verbales, psychologiques, physiques et économiques), les femmes se verront imposer une cohabitation forcée avec leur ex via la résidence alternée… mais tout cela est, nous dit-on, dans leur intérêt.

Scénarios sombres pour fiction politique

Un verrou a sauté et on ne sait pas où cela va s’arrêter. Si le sujet n’était pas si grave, on pourrait s’amuser à faire de la politique fiction basée sur le principe cher aux masculinistes du renversement du sens des rapports de domination.

La prochaine étape sera-t-elle, pour les hommes et les femmes de « gauche », de se réapproprier le thème des « hommes battus » et lancer un vaste plan de lutte contre le fléau des violences conjugales… contre les hommes ?

Prêteront-ils/elles l’oreille aux discours des associations masculinistes telles que SOS hommes battus ou le GES (Groupe d’études sur les sexismes) qui s’emploient depuis des années à relativiser les violences masculines en créant une fausse symétrie hommes-femmes au sujet des violences ?

Seront-ils/elles sensibles à la mise en scène spectaculaire des masculinistes anglais du ManKind Intitiative qui ont récemment réussi leur coup de communication virale en diffusant une vidéo choc affirmant que 40% des victimes de violences conjugales sont des hommes ?

Députés vert.e.s et rose pale tomberont-ils/elles dans le panneau en se mettant à légiférer pour la défense des hommes maltraités… par les femmes ?

Et ensuite, pourquoi ne s’engageraient-ils/elles pas dans la lutte contre… les discriminations « hétérophobes », la « familiphobie », ou encore le « racisme anti-blanc »…? Autant de notions aberrantes inventées par les réactionnaires de tous bords qui cherchent à brouiller nos perceptions.

Le 8 juin 2014, ne laissons pas la rue aux masculinistes

Nous ne sommes pas dupes et continuerons d’empêcher les réactionnaires de falsifier la réalité et d’occuper à leur guise l’espace public.

Comme l’année dernière, ce dimanche 8 juin, les masculinistes pro-droits des pères appellent à un rassemblement baptisé « Deuxième marche pour l’égalité parentale« .

Que ce soit l’occasion pour eux de fêter leur victoire ou de préparer leur prochaine offensive, nous ne les laisserons pas parader tranquillement (lire l’appel au contre-rassemblement).

Leur combat en faveur des profiteurs de la domination masculine est un combat d’arrière garde. Nous serons là pour leur rappeler.

Stop-masculinisme

*La définition du Petit Robert : Ensemble de revendications cherchant à promouvoir les droits des hommes et leurs intérêts dans la société. « Le masculinisme est une mouvance qui propose le rétablissement de valeurs patriarcales sans compromis : différenciation radicale des sexes et de la place de l’homme et de la femme » (L’Humanité, 2013). »

(cet article est initialement paru sur le site LePlus : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1211470-vers-la-residence-alternee-obligatoire-le-tour-de-passe-passe-des-masculinistes.html)

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Rassemblement anti-masculiniste à Paris, 8 juin 2014

MASCULINISTES, HORS DE NOS VIES !

Rassemblement dimanche 8 juin, à 10 h., Place de la Madeleine à Paris

Un an après les actions médiatisées de pères perchés dans des grues et autres édifices (Nantes, Grenoble, le Sacré Coeur à Paris, le Capitole à Toulouse…), le lobby des pères séparés n’a pas chômé pour faire pencher la loi en faveur des intérêts matériels des hommes. Après un premier échec en 2013, ils reviennent à la charge avec une nouvelle proposition de loi qui vise à rendre systématique la résidence alternée en cas de séparation d’un couple.

Dimanche 8 juin, comme l’année passée, les masculinistes pro-droits des pères se rassemble à Opéra pour faire encore parler d’eux à travers les médias, et continuer de nous faire croire qu’ils sont lésés par la Justice qui serait « sexistes » contre les hommes. Mais que veulent-ils vraiment ?


Ils veulent rester maître de leurs femmes et enfants en rendant les séparations aussi difficiles que possible en faisant du lobbying pour la résidence alternée systématique. Or, en cas de violences, la résidence alternée est inacceptable car elle met en danger les femmes et les enfants. De fait, des femmes doivent s’éloigner avec leurs enfants d’un conjoint violent. Les masculinistes sont ou soutiennent donc les agresseurs, et participent à renforcer l’impunité sociale garantie aux auteurs de violences.
Ils revendiquent la reconnaissance du SAP (Syndrôme d’Aliénation Parentale) par le corps médical pour l’utiliser lors de procédures judiciaires. Le SAP est une théorie inventée par un pédopsychiatre pro-pédophile, Richard Gardner. Cette notion considère que des mères peuvent « manipuler » leur enfant contre l’ex-conjoint pour obtenir la résidence principale quand, en réalité, elles ne font que le protéger de la violence du père. L’extension de son usage dans les tribunaux aura comme effet de protéger les agresseurs et de mettre le soupçon systématiquement sur la parole des victimes. Les masculinistes contribuent à invisibiliser les violences faites aux enfants, commises dans la grande majorité des cas par des hommes de la famille.
Enfin, ils veulent le retour à l’ordre patriarcal et hétérosexuel (un père, une mère et leurs enfants). Ils tiennent des propos sexistes et homophobes. La participation d’associations de pères à la Manif pour Tous est exemplaire de leur volonté de nuire aux droits des femmes, des meufs, des trans, des pédés et des gouines.

Derrière ceux qui se présentent comme de « gentils papas », on trouve en réalité une bande de misogynes, anti-féministes et homophobes. C’est un contre-mouvement social face auquel il faut réagir !

Collectif anti-masculiniste île de France, Stop-masculinisme, Abandon de famille, FiEres, Collectif 8 mars pour ToutEs

 

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Serge Charnay: de la grue à la prison, parcours d’un masculiniste enragé… parmi d’autres

On se souvient de l’action spectaculaire de la grue jaune. C’était il y a plus d’un an, à Nantes. Accompagné de Nicolas Moreno, Serge Charnay escaladait la célèbre grue Titan pour attirer l’attention sur la « cause des pères » à quelques jours d’une manifestation dont il était l’un des initiateurs. Une grue jaune, une inscription « Benoit, 2 ans, sans papa », et un ciel bleu en fond : de beaux symboles, de belles images, un bon timing. Le temps d’un week-end interminable, tous les projecteurs étaient braqués sur la grue. Charnay réussissait formidablement son « coup de com' », offrant une tribune idéale à ces pères qui se plaignent de la « justice sexiste » (à l’encontre des hommes) qui « assassinent nos familles et nos enfants ». Rien que ça !

Un an plus tard, Serge Charnay n’est plus sur une grue mais il fait à nouveau parler de lui. Il vient d’écoper, une nouvelle fois, d’une peine de prison pour avoir enlevé son fils. Cela devrait-il nous étonner ? Pas vraiment. Comme beaucoup de ces « pères perchés » qui, depuis plus d’un an, se sont illustrés dans différentes villes de France et fédérés au sein du « Collectif de la grue jaune », Charnay n’est pas le gentil papa victime d’injustice qu’il prétend être. C’est d’abord un masculiniste militant, violent et enfermé dans un imaginaire férocement misogyne. Et parmi la poignée d’activistes gesticulant, il ne fait pas figure d’exception.

Hormis les coups d’éclat médiatiques et l’intense lobbying politique, de nombreux militants de la cause des pères sont connus pour leurs pratiques de harcèlement à l’encontre de leurs ex-compagnes : tentatives d’intrusion à leur domicile, diffusion de rumeurs ou divulgation d’informations privées sur les réseaux sociaux, ce qui a pour effet de terroriser les mères et leurs enfants. Toxiques pour leur propres enfants, certains de ces pères ont été déchus de leur autorité parentale, chose rare mais justifiée par leurs comportements. Et à l’instar de Serge Charnay, d’autres sont passés par la case prison pour de bien peu glorieux faits d’armes. À Grenoble, par exemple, René Forney, président de l’association Père-Enfant-Mère a été condamné à deux reprises pour injure à magistrat. Son ami Youcef Ouateli, le trésorier de l’association, déjà condamné pour violences conjugales, ajoutait récemment de nouvelles lignes à son casier judiciaire pour des faits de violences contre un syndicaliste, le 1er mai 2013, puis contre des policiers à l’occasion d’un contrôle au pied de la cheminée sur laquelle était perché René Forney.

Évitons donc de nous laisser attendrir par la « cause des papas ». Essayons plutôt de comprendre ce qui se cache derrière et appelons un chat un chat. Avec Serge et sa bande de pères perchés, on a affaire à des masculinistes convaincus et organisés.

Ces masculinistes qui avancent masqués

Le masculinisme, qu’est-ce que c’est ? Est-ce l’équivalent du féminisme pour les hommes ? Et bien non, il s’agit plutôt du contraire. Le masculinisme est une résistance au projet féministe. C’est un contre-mouvement social réunissant des hommes (et quelques femmes) hostiles à l’égalité réelle et baignant dans une idéologie réactionnaire : une sorte de corporatisme masculin pour la défense des intérêts des hommes et de l’ordre patriarcal. Les associations et groupes masculinistes font en quelques sorte comme les syndicats de patrons, ils défendent les dominants – en régime capitaliste, les patrons sont du côté du pouvoir, et bien en régime patriarcal, faut-il le rappeler, ce sont les hommes qui bénéficient de privilèges et occupent les positions de pouvoir.

Mais la particularité des masculinistes c’est d’avancer masqués. Ils ne se battent pas tous pour la suprématie masculine et la réaffirmation des valeurs viriles. La plupart, au contraire, se disent favorables à l’égalité hommes-femmes. Certains se définissent eux-mêmes comme « féministes »… mais en ajoutant que le féminisme est allé trop loin. Selon eux, non contentes d’avoir obtenues l’égalité, les femmes auraient pris le pouvoir.

Voilà donc l’originalité de cet antiféminisme : inverser les rapports de domination, travestir la réalité sociale, et présenter les hommes comme des victimes. En bref, ils sont dans la « plainte » perpétuelle : les hommes souffrent, ils sont en perte de repères, discriminés, parfois même battus, victimes du « sexisme anti-homme », des harpies féministes, du « matriarcat », de la « féminisation » de la société, des inégalités parentales, des « féminazis », etc.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. S’il est un peu plus délicat de combattre des personnes qui se présentent comme des victimes et se disent favorables à l’égalité, n’oublions pas que l’objectif de tous ceux qu’on nomme masculinistes est bel et bien de revenir sur des droits acquis par les femmes, et de reconduire la domination masculine sous une forme renouvelée.

Cause des pères : comprendre les enjeux, démonter les mythes

Et la stratégie de la « victimisation » et du renversement des rôles est plutôt efficace. On finirait presque par les croire… si l’on y prenait pas garde. Qui n’a pas autour d’elle ou de lui un ami d’ami qui ne peut plus voir ses enfants comme il le souhaiterait après un divorce ? C’est ce que Serge et ses copains répètent à longueur de temps.

Ils veulent, disent-ils, pouvoir être présents auprès de leurs enfants, s’occuper d’eux et investir la paternité. Mais on les en empêcherait. La justice aux affaires familiales en premier lieu. Véritable mafia, elle serait contrôlée par un lobby de juges femmes forcément partiales, et corrompue par des avocats qui se repaissent du malheur des pères divorcés. Et puis leurs ex-femmes ou compagnes. Elles feraient tout pour les séparer de leurs enfants, en déménageant loin et en bourrant le crâne de leurs enfants pour qu’ils détestent leur père.

Voilà le tableau que dépeignent les militants des droits des pères. Bien sûr, l’idée n’est pas de dire qu’il n’existe pas de cas d’abus, ni qu’aucun père ne vit des situations réelles d’injustice. Mais il faut quand même rappeler quelques faits pour contrer leur stratégie de victimisation et de mystification de la réalité.

Des motivations moins louables que ce qu’ils affichent

Tout d’abord, bien avant que ces pères montent sur des grues, les femmes et les féministes se battaient pour le partage du travail parental et une réelle implication des hommes dans ce travail. Or aujourd’hui encore, les inégalités persistent dans ce domaine. Les femmes continuent d’en faire plus, beaucoup plus, avant et après la séparation. Et puis, si la résidence principale des enfants est en effet fixée dans la plupart des cas chez la mère, c’est à la demande des deux parents. C’est-à-dire que la majorité des pères se satisfont de cette situation où c’est leur ex qui fait le boulot. Les fameux « nouveaux pères », très impliqués dès la naissance de leur enfant et dont la presse parle abondamment, ne sont pas encore légion. Et ceux qui subissent une injustice après une séparation, encore moins.
En réalité, les mots d’ordre martelés sur « l’égalité parentale », les « droits du père » ou la résidence alternée par défaut, sont l’arme de combat par excellence des masculinistes contre les femmes et les enfants. Et dans ce combat, les motivations de ces hommes sont bien plus prosaïques et moins louables que ce qu’ils affichent.

Leurs intérêts sont d’abord d’ordre matériel. En obtenant la résidence alternée, ils s’assurent de ne pas payer de pensions alimentaires. Ensuite, leurs motivations sont liées aux questions de pouvoir. Les masculinistes militants sont la plupart du temps animés du désir de vengeance après une séparation qu’ils n’ont pas supportée. S’ils réclament l’imposition de la résidence alternée, ce n’est pas pour s’assurer le « droit de » mais bien « le droit sur ». Une manière pour les hommes de continuer plus facilement à exercer une emprise sur leur ex et leurs enfants qui, dans l’imaginaire masculiniste, leur appartient.

Contre « la cause des pères », la vigilance s’impose

On peut déplorer que beaucoup de monde tombe dans le panneau en défendant le principe de la résidence alternée comme modèle, sans prendre en considération ces enjeux de pouvoir. Des féministes comme Clémentine Autain ou Geneviève Fraisse ont même cosigné une pétition lancée par Stéphanie Hain, une alliée et une caution féminine des masculinistes.

La vigilance s’impose. Pour comprendre et combattre le mouvement des « droits des pères », nous devons nous méfier des mises en scènes sophistiquées, des slogans faciles et des belles images de banderoles flottant au vent en haut des grues ou des cathédrales.

En grattant un peu le vernis des apparences on trouve très vite une idéologie et des pratiques dangereuses qu’on ne peut pas laisser s’installer.

Collectif Stop-masculinisme

Cet article a initialement été publié sur le site « Le plus » du Nouvel Obs. Pour y accéder c’est ici.

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Les masculinistes épinglés par Le Canard Enchaîné

dossiers-nouveaux-reacsEn octobre 2013, Le Canard Enchaîné consacrait l’un de ses dossiers aux « nouveaux réacs ». Sous le titre « Masculinistes, le fait des pères », les masculinistes s’y retrouvent à juste titre épinglés, au milieu de nombreux autres « portraits » d’acteurs du mouvement réactionnaire qui sévit en France depuis quelques années (catholiques intégristes, droite décomplexée, « écolos » perdus, et autres vedettes de la polémique…).

Patrick Guillot, idéologue masculiniste, animateur du « Groupe d’Etude contre les Sexismes » et du site internet « La cause des hommes », cité dans l’article, peut bien feindre l’étonnement d’être ainsi brocardé 1, il n’échappera à personne que le masculinisme s’intègre à la lame de fond réactionnaire. Nous rejoignons bien Le Canard Enchaîné sur ce constat.

En revanche, quelques approximations auraient dû être évitées. On lit par exemple que les masculinistes « se sont infiltrés chez les pères en colère ». Nous pensons plutôt que les activistes des « droits des pères » font partie intégrante de la mouvance masculiniste. Ils en sont même des portes-étendards. Il ne faudrait donc pas fantasmer une stratégie d’entrisme de la part de quelques antiféministes cherchant à manipuler de pauvres pères. Certes la cause des pères possède ses leaders, dont la verve n’est pas sans effet sur le gros des troupes, mais la plupart des pères perchés partagent la même vision. Ils déblatèrent, sans y être poussés, des discours victimisants, antiféministes ou misogynes : dernier exemple en date, des activistes de la cause des pères ont occupé le 20 décembre 2013 le clocher d’une église à Bastia sous la banderole « La justice travestie (sic) les faits. Le féminisme tue nos enfants et la démocratie ». Ce slogan masculiniste aurait bien pu se retrouver sur tous les perchoirs occupés par les activistes de la cause des pères en 2013.

Enfin, la conclusion de l’article, dans le plus pur style du Canard, est déplorable : « Les féministes se rassureront en se disant que plus les hommes lutteront pour défendre leur position dominante, plus ils renforceront les stéréotypes, et plus les juges estimeront qu’un enfant doit être élevé par sa mère. Comme quoi la réaction peut aussi avoir du bon ! ». Pour certains journalistes, il est donc grand temps de revoir quelques fondamentaux : les féministes n’ont jamais lutté pour que les enfants soient élevés uniquement par leur mère, mais bien pour une répartition égalitaire des tâches domestiques, et une implication réelle des hommes dans le soin et l’éducation des enfants. Le « satyrique » ne vise pas toujours juste… A bon entendeur !

 

1 Selon lui, « on ne voit guère ce que le GES vient faire dans un dossier sur les ‘nouveaux réacs’ . Son point de vue y est cependant présenté, dans un article superficiel et ironique». http://www.g-e-s.fr/base-de-documentation/references/le-ges-dans-les-medias/

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Rassemblement contre une conférence masculiniste (10/10/2013)

Masculinistes pendant la quinzaine de l’égalité femmes / hommes : appel à rassemblement, ne laissons pas faire !

Jeudi 10 octobre 2013 à 20h30 à la Maison des Associations de Grenoble, l’association « Père Enfant Mère » organise une conférence-débat autour du thème « l’égalité parentale par la résidence alternée ». Durant la soirée interviendront des militants masculinistes notoires :

Le président de « Père Enfant Mère » n’est autre que René Forney, qui s’est distingué en occupant cet été la cheminée de l’usine de chauffage d’Eybens, inscrivant Grenoble sur la carte de France des « pères perchés ». René Forney est par ailleurs l’animateur de plusieurs sites conspirationnistes et n’hésite pas à s’allier avec l’extrême droite.

Voir notre communiqué : http://grenoble.indymedia.org/2013-…

Des membres du collectif de la Grue Jaune seront aussi présents. Ce collectif s’est créé pour soutenir l’action de Serge Charnay, un homme condamné pour avoir enlevé son enfant, qui une fois redescendu de sa grue à Nantes en février dernier déclarait : « ces bonnes femmes croient toujours qu’on n’est pas capables de changer les couches d’un enfant (…) les femmes qui nous gouvernent se foutent toujours de la gueule des papas ».

Voir notre communiqué : http://grenoble.indymedia.org/2013-…

D’autres encore seront présents, tel Nicolas Sergerie, porte parole du Réseau Colin Bagnard : http://reseau-colin-bagnard.over-bl…

L’appartenance politique nauséabonde des organisateurs de cette soirée ne fait donc aucun doute.

Ne nous laissons pas berner : invoquer le droit des pères, c’est tout simplement un rappel à l’ordre patriarcal. Derrière des revendications faussement égalitaristes se cache la réaffirmation de ce système de domination.

La tenue d’une conférence organisée par des masculinistes en pleine quinzaine pour l’égalité femmes – hommes est une véritable provocation.

Nous appelons donc tou-tes les individu-es et les collectifs préoccupés par cette offensive réactionnaire à rejoindre notre rassemblement contre la tenue de cette soirée.

RDV jeudi 10 octobre 2013 à 20h, devant la Maison des Associations, 6 rue Berthe de Boissieux.

Merci de relayer cette information, soyons nombreux-ses !

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Pères perchés à Grenoble : stop à la duperie

imageForneyEybensDepuis le 5 juillet, au sud de Grenoble, trois hommes occupent le haut de la cheminée de la Compagnie de chauffage urbain. Ils se présentent comme des victimes de la Justice qui « bafoue les droits des pères ». Les militants de la « cause des pères » n’en sont pas à leur premier coup d’éclat. Depuis le mois de février, une poignée d’activistes de la mouvance masculiniste (1) multiplie ce type d’actions « perchées » en se présentant comme des « papas lésés » afin d’émouvoir l’opinion publique. Mais nous ne sommes pas dupe. Stoppons l’offensive masculiniste dont Grenoble est aujourd’hui le théâtre !

En février dernier à Nantes, deux hommes ont occupé pendant plusieurs jours deux grues désaffectées. Ces deux pères estimaient être privés de leurs enfants, victimes d’un pouvoir judiciaire qui détruirait l’ensemble des pères divorcés. Depuis, de nombreuses actions du même type ont eu lieu dans diverses villes de France, certaines simultanément lors de ce qu’ils ont nommé le « printemps des pères ». Le procédé est maintenant rôdé : un ou plusieurs hommes escaladent et occupent pendant plusieurs jours une grue ou un édifice élevé, y accrochent des banderoles, et demandent à être mis en relation avec les institutions afin que leur dossier de divorce soit révisé. Ils réclament par ailleurs que la loi soit modifiée pour que la résidence alternée soit mise en place de manière obligatoire pour tous les cas de séparation.
La technique, mélange d’actions spectaculaires (mais illégales) et de lobbying, est directement importée des pays anglo-saxons, où elle est employée depuis des années par l’organisation masculiniste « Fathers 4 Justice »(2). Depuis quelques mois, en France, sous l’impulsion d’associations telles que « SOS Papa »(3), ces actions bénéficient d’un soutien médiatique et institutionnel surdimensionné au regard du nombre de personnes concernées. Cela montre que certains groupes sociaux (en l’occurrence, très souvent, des hommes blancs hétérosexuels, bénéficiant d’une situation sociale confortable) sont bien plus entendus que d’autres.
Derrière cette pseudo « cause des pères », qui ne rassemble en fait qu’un nombre très limité d’hommes, se cache le mouvement masculiniste. Le masculinisme est une mouvance d’hommes hostiles à l’émancipation des femmes, souhaitant conserver leurs privilèges et leur position de pouvoir au sein de la société. Leurs thèmes de prédilection sont les droits des pères, les violences faîtes aux hommes et la crise de la masculinité. Les masculinistes estiment que les hommes sont victimes d’une société où les femmes auraient pris le pouvoir.

Les réalités sociales sur l’implication des pères
En réponse, rappelons simplement quelques réalités sociales. Lorsque certains pères se plaignent que « dans 80% des séparations, c’est la mère qui obtient la garde des enfants », ils oublient de dire que cela est à la demande des deux parents(4). Autrement dit, l’écrasante majorité des pères divorcés s’accommode très bien de ne pas avoir à s’occuper de leurs enfants (nombreux d’ailleurs sont les pères revendicateurs qui se « découvrent » pères au moment du divorce, après avoir été très peu impliqués dans l’éducation des enfants auparavant). Dans les cas restants, quand il y a litige, celui-ci porte sur le montant de la pension alimentaire, que les pères trouvent trop élevé. Rappelons aussi que la résidence alternée est loin d’être la solution idéale qu’on nous dépeint, en particulier dans le cas de pères violents ou incompétents.
Quant à savoir si, au final, dans le nombre infimes de pères de bonne foi qui auraient pu être « lésés », la Justice a agi de manière injuste, c’est fort possible. L’institution judiciaire, comme le reste de la société, est sexiste. Les juges ont aussi tendance à voir la mère comme l’élément clé et indispensable à l’enfant, contrairement au père qui reste l’élément satellite. S’il est important que ces représentations changent, il ne ne faut pas se tromper sur les intentions réelles des masculinistes : la « cause des pères » est, avant tout, la réaffirmation du pouvoir des hommes sur les femmes, les enfants, et l’ensemble de cette société. Si ces hommes souhaitent réellement investir leurs rôles de pères, de manière coopérative et respectueuse de leurs ex-conjointes et de leurs enfants, ils ont toute latitude pour le faire. Personne ne leur reprochera de prendre leurs responsabilités.

Au-delà de la complaisance : qui sont ces hommes ?
Dans nos précédents communiqués(5), nous dénoncions déjà le fait que ces « pères en colère » bénéficient d’une complaisance immédiate, les journalistes reprenant tou-te-s la même dépêche AFP, sans que personne ne se donne la peine de se pencher sur leurs histoires ou d’aller lire le contenu des sites internet des associations dont ils sont membres. A Nantes, par exemple, nous avions affaire à un homme violent, aux propos profondément misogynes, condamné pour avoir enlevé son enfant.
Qu’en est-il à Grenoble ? En haut de la cheminée se trouvent actuellement trois hommes : Rodolphe Von Haute, Frédéric Foroughi et René Forney.
Pour M. Von Haute, il semble que cela soit sa première participation à ce type d’action.
En revanche, ses deux comparses sont des habitués. En mars dernier, M. Foroughi participait au « printemps des pères » en installant un campement à Belfort. En mai il occupait la cathédrale d’Orléans en compagnie de quatre autres hommes. En juin, il récidivait en occupant une tour à Forbach, en Moselle. Les médias ont beaucoup insisté sur le fait qu’il ait exercé pendant quelques temps le métier d’assistant maternel (cela ferait-il de lui quelqu’un d’irréprochable ?), mais se sont étrangement tus sur ses 6 années passées dans l’armée. S’il a déclaré à France 3 Alpes « On est pas un groupe de masculinistes, on est juste là pour l’égalité parentale », pourquoi s’allie-t-il avec des associations nauséabondes, et précisément masculinistes ?
En effet, le troisième homme en haut de la cheminée, René Forney, n’est autre que le président de l’association « Père Enfant Mère »(6). Cette association, anciennement dénommée « Pères exclus », s’est distinguée lors du 1er mai dernier à Grenoble en s’imposant dans le cortège malgré les protestations de plusieurs syndicats et associations(7). René Forney est aussi connu pour ses positions complotistes farfelues(8) et ses liens avec le « Parti Radical de France »(9), une organisation d’extrême-droite.
Au pied de la cheminée, on trouve plusieurs personnes venues soutenir les trois pères perchés. Parmi elles, Patrick Guillot, l’un des animateurs les plus prolifiques du masculinisme en France, auteur d’ouvrages aux titres évocateurs tels que « La cause des hommes » ou « La misandrie »(10), et fondateur du « Groupe d’Etude sur les Sexismes »(11), qui cherche notamment à remettre en cause la réalité des violences conjugales subies par les femmes. Patrick Guillot se revendique « hoministe », comme la plupart des masculinistes, pour éviter le côté désormais péjoratif du terme. A ses côtés est présent Youcef Ouateli, membre de « Père Enfant Mère », qui déclare devant les caméras qu’il a « le coeur arraché » de ne pas voir ses enfants, mais se garde bien de préciser que lors des évènements du 1er mai à Grenoble, il a violemment frappé au visage un militant qui discutait avec lui, l’envoyant à l’hôpital la paumette fracturée.

Contrer ce mouvement dangereux dès maintenant !
A travers les actions de ces derniers mois et l’écho tristement favorable qu’elles ont rencontré, nous avons affaire à une montée en puissance du mouvement masculiniste. Il n’est pas étonnant de constater que celle-ci s’effectue par le biais de la « cause des pères », qui constitue un cheval de Troie particulièrement efficace. Si ces hommes veulent vraiment l’ « égalité parentale », qu’ils se mobilisent en dehors de leurs cas personnels de divorce pour impliquer largement les hommes dans l’éducation des enfants et le travail domestique ! Le cas échéant, nous avons affaire non pas à un mouvement progressiste, mais à une mouvance réactionnaire, qu’il est urgent de stopper.
Les hommes victimes des femmes ? Les français.e.s victimes des immigrés ? Les patrons victimes des grévistes ? Les hétérosexuels victimes du lobby gay ? Et puis quoi encore ? Ne soyons pas dupes : marre des retournements de sens !

Collectif Stop Masculinisme, lundi 8 juillet 2013


(1) Pour des précisions sur le mouvement masculiniste que, pour des raisons de place et de compréhension nous ne développerons pas ici, lire les brochures « Contre le masculinisme, petit guide d’autodéfense intellectuelle », « Un mouvement contre les femmes. Identifier et combattre le masculinisme » ou encore « La percée de la mouvance masculiniste en Occident », disponibles sur le site http://lgbti.un-e.org. Lire aussi l’ouvrage de Mélissa Blais et Francis Dupuis-Déri « Le mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué », aux éditions Remue-ménage, 2008.

(2) http://www.fathers-4-justice.org/

(3) http://www.sospapa.net/

(4) Pour plus de précisions, voir le travail de la doctorante en sociologie Aurélie Fillod-Chabaud, qui travaille sur le sujet depuis plusieurs années. http://lmsi.net/Le-pouvoir-vient-de…

(5) http://grenoble.indymedia.org/2013-…

(6) http://pereenfantmere.free.fr/

(7) http://grenoble.indymedia.org/2013-…

(8) Voir ses nombreux sites internet : http://www.trafic-justice.com/, http://www.memejusticepourtous.org/, http://www.victime-ripou.com/

(9) http://www.partiradicaldefrance.com/

(10) http://www.la-cause-des-hommes.com

(11) http://www.g-e-s.fr/

 

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