Avant de parler de « violences sexuelles au féminin »…

Le CRIAVS Rhône-Alpes* organise à Grenoble (au Centre de congrès du World Trade Center), le vendredi 3 février 2012, une journée d’étude sur les « violences sexuelles au féminin ».

« Violences sexuelles au féminin » ? De quoi parle-t-on au juste ? Des violences sexuelles dont se rendent coupables des femmes ? Cet intitulé tendancieux nous a interpelé. En consultant le programme, on constate que cet évènement « scientifique » peut être propice à l’expression d’idées masculinistes et antiféministes. D’autant plus que parmi les intervenant.e.s de cette journée d’étude, certain.e.s ont signé des textes ou pris des positions qu’on estime, sinon dangereuses du moins très ambiguës (l’historien Christophe Régina et la professeure de psychologie Patricia Mercader).

Nous avons donc voulu exprimer notre inquiétude. En effet, dans un contexte où progressent les idéologies réactionnaires, il est à la mode de faire la chasse aux soit-disantes « idées reçues » et autres « éternels préjugés ». Il faudrait donc chasser nos idées toutes faites sur les relations hommes-femmes, parler des « discriminations méconnues » que subiraient les hommes, et stigmatiser les « comportements violents » des femmes qui se cacheraient derrière leurs figures d’ange. Cette mode qui prétend lever les tabous et parler de ce qui serait passé sous silence est dangereuse. Avec cette mode « anti-politiquement correct » c’est la réalité même de la domination qui disparaît sous un épais écran de fumée. Comme, dans nos sociétés patriarcales, les hommes conservent le pouvoir et bénéficient toujours de privilèges, on a choisi de rappeler quelques évidences sur la domination masculine. Tout comme nous ne voulons pas laisser passer les discours sur le « racisme anti-blanc » ou « les difficultés que rencontrent les riches », nous voulons lutter contre la progression de l’idéologie masculiniste qui voudrait nous faire croire que les hommes sont des victimes des femmes… et que les femmes sont responsables « à égalité », ou majoritairement, de nos malheurs !

*Le CRIAVS est un groupement de coopération sanitaire, c’est-à-dire une structure juridique censée permettre la coopération entre des établissements publics et privés de santé. Le CRIAVS Rhône-Alpes se présente comme un centre ressource pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles.

Ci-dessous le texte du tract que sera diffusé vendredi matin aux participant.e.s de cette journée d’étude :

Avant de parler des « violences sexuelles au féminin »…

Pour rappel : 600 000 femmes majeures sont agressées sexuellement et 75 000 sont violées, chaque année, en France. 10 % des femmes ont connu une forme d’abus sexuel avant leur majorité. 90% des mineurs victimes de viols sont de sexe féminin. Les agresseurs ? Des hommes… dans l’immense majorité des cas !

Le CRIAVS Rhône-Alpes organise à Grenoble, le 3 février 2012, une journée d’étude sur les « violences sexuelles au féminin ». Cet intitulé nous interpelle. De quoi parle-t-on au juste ? Des violences sexuelles commises par des femmes ? Que représentent vraiment ces violences, quantitativement et qualitativement ? Sont-elles une réalité sociale et statistique qui mériteraient vraiment qu’on s’y intéresse ? Ou ne sont-elles d’abord qu’un fantasme et un moyen de minimiser voire d’occulter la réalité des violences sexuelles … « au masculin » ?

Lorsqu’on lit un tel intitulé, on s’attend forcément à ce qu’on nous dise que les violences des femmes existent. Qu’on nous dise que les femmes peuvent non seulement être violentes mais, comble de l’horreur, violentes sexuellement. Qu’on lève un tabou bien ancré, qu’on fasse sauter une idée reçue, qu’on nous révèle un scoop… Et on est inquiét.e.s. On craint qu’au final les violences sexuelles des femmes, phénomène marginal, ne fassent passer sous silence une réalité sociale bien moins marginale : les violences sexuelles commises par des hommes sur des femmes et des enfants. On a raison de s’inquiéter. D’autant plus que le texte de présentation de cette journée d’étude est pour le moins confus (un comble pour un événement à prétention scientifique). Il ne fournit aucun élément tangible sur ces « violences sexuelles au féminin ». On a seulement droit à une succession de phrases inquiétantes dans un jargon psychanalytique.

Bien sûr, il n’est pas question de dire que les femmes ne sont pas capables de violence, comme le veut le mythe des femmes « douces par nature ». Bien sûr, il n’est pas non plus question de nier l’évidence que des femmes sont responsables d’abus sexuels et d’actes pédocriminels. On comprend que la question de la violence des femmes en général, et celle des violences sexuelles en particulier, puissent soulever des inquiétudes. Mais s’il y a lieu de s’inquiéter de quelque chose c’est d’abord des intentions qui animent les personnes qui se penchent sur cette question. Pourquoi s’intéresser aux violences sexuelles des femmes ? Pourquoi s’intéresser à l’arbre plutôt qu’à la forêt ?

Notre crainte, c’est que l’on donne, pendant cette journée d’étude, une vision déformée de la réalité. À trop psychologiser les problèmes, on en oublie l’existence des rapports sociaux de domination. En apposant une loupe sur « les violences sexuelles des femmes » on grossit un phénomène et on risque de faire le jeu des sexistes de tout poil. On sait en effet que le thème des « violences des femmes » sert souvent à :
- occulter les violences masculines,
- inverser les rôles (femmes-bourreaux et hommes-victimes),
- renforcer l’impunité des hommes violents.

Dans un contexte où percent les discours réactionnaires, il faut en effet se montrer vigilant.e.s face à la progression des thèses « masculinistes ». Réaction d’hommes blessés par la perte de leurs privilèges, le masculinisme est l’une des expressions actuelles de la misogynie et de l’antiféminisme. Pour les masculinistes, les hommes, en tant qu’hommes, sont des victimes :
- des féministes qui seraient allées « trop loin »,
- de la « féminisation » de la société qui déstabiliserait « l’identité masculine »,
- des mères et de la justice qui discrimineraient les pères,
- des femmes violentes.

Loin de concerner seulement quelques hommes revanchards, ces idées dangereuses auxquelles les médias offrent un large écho et dont l’audience ne cesse de croître, gagnent également des femmes et certains milieux féministes et antisexistes.

Le masculinisme vise à relativiser, voire à nier les violences masculines. À l’aide de chiffres et d’études farfelus, les masculinistes prétendent que les hommes souffrent autant, sinon plus que les femmes, des violences conjugales et sexuelles. Ils peuvent même affirmer que les femmes exercent plus souvent des violences et des abus sexuels sur les enfants, du fait de leur plus grande proximité avec eux.

Or, il est indispensable de rappeler la réalité des faits et d’insister sur quelques évidences :

600 000 femmes majeures sont agressées sexuellement, chaque année, en France. Parmi elles, 75 000 sont violées (enquêtes Enveff et CVS). Les femmes sont les premières victimes des violences sexuelles. Parce qu’elles sont nées femmes, elles sont exposées à cette violence spécifique. Toutes les femmes vivent avec la peur du viol. Inscrit dans le rapport de pouvoir asymétrique entre hommes et femmes, le viol est une arme pour contraindre et punir les femmes.

10 % des femmes ont connu une forme d’abus sexuel avant leur majorité (enquête Enveff). 90% des mineurs victimes de viol sont de sexe féminin.

Quant aux agresseurs, puisque c’est bien aux auteurs des violences sexuelles qu’on s’intéresse ici, il s’agit quasi exclusivement d’hommes : 97% à 98% des personnes mises en cause.

Rappeler ces réalités est un préalable indispensable avant toute discussion, aussi scientifique soit-elle, sur les « violences sexuelles au féminin ». Sans quoi, on ouvre une brèche pour les thèses et les discours les plus malfaisants. Nous espérons sincèrement que les intervenant.e.s de cette journée ne manqueront pas à leur devoir de vérité.

Collectif Stop-Masculinisme

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